Culture Clown - Revue éditée par le CRCC - La Robin, 32220 Lombez - 05 62 62 46 78  
 
La revue qui déguste la vie des clowns
 
Ci-dessous des extraits du Bouillon actuel, le n°16
 
> version papier = 12 pages d'actualité clownesque ! commander CultureClown N°16
 
 
 
 
Reportage Des clowns à foison dans le Off 2009 du Festival d'Avignon
  Cie Okidok > Slips Inside
Cie Bataclown > Le Bocal
Cie les Matapeste > Jonny Berouette
Cie Acte 9 > Giselle...le Récital
Par nos envoyés spéciaux : Myriam Andreoletti, Jean-Bernard Bonange et Claire Oudart
 
 
Interviews
par Jean Bernard Bonange
Cie Okidok > change d'Epok !
Interview de Xavier Bouvier et Benoît Devos

Cie les Matapeste >
un clown né quelque part
"La culture, elle te grandit ou elle te coince..."

Interview de Francis Lebarbier
Cie Acte 9 > quelquepart entre l'enfance et la souffrance
interview d'Anne Gaillard
 
   
 
Comic Trust > White side story par Miriam Andréoletti
  Bataclown > Le Récital par Bernard Laforêt
 
Hommage ... en mémoire d'Oscar Java (Christian Bugeda) par Bertil Sylvander
 
Le Journal de ma vie - par le savant fou Otto Didakt - Programme politique pour la crise
 
  Répondre à la minie-enquète sur
Culture clown et son Bouillon
 
 

MENUS

LE BOUILLON ACTUEL : N°16

Reportage :
Okidok,Bataclown,Matapeste,Acte9
Interviews :
Okidok,Matapeste,Acte9
Vus sur Scène :
Comik trust,Bataclown
Hommage à Oscar Java

Le journal d’Otto Didakt

L’ACTU-CLOWN

 
 
 
 
 
 
 
 
Reportage : Des clowns à foison dans le Off 2009 du Festival d'Avignon
Par nos envoyés spéciaux Myriam Andreoletti, Jean-Bernard Bonange et Claire Oudart
     
Il y avait beaucoup de spectacles clownesques dans le Off du Festival d'Avignon en cet été 2009, avec des clowns au nez rouge et des clowns sans nez rouge, des passionnants et des décevants, des subtils et des vulgaires, des "pour adultes", des "tout public" et des " pour jeune public"... Bien sûr, le nez rouge est à la mode et on le met souvent en vitrine pour appâter le spectateur alors qu'à l'intérieur, ça n'a rien à voir ! Et la surexposition du nez rouge nous fait parfois souffrir, comme après un coup de soleil ! Alors, comment distinguer le nez rouge comme "emballage" du nez rouge comme "cadeau" contenant profondeur et vérité ?
Dans la forêt des pancartes qui, comme chaque année, envahissent Avignon, deux affiches avec un visage de clown au nez rouge en gros plan, attiraient l'œil des passants : celle de Waren Zavatta et celle de Matapeste. Sur la première : un visage lisse et dur avec un nez rouge qui saigne... Sur la seconde : un visage tourmenté au maquillage à gros traits. Les deux affiches ont de l'impact mais énigme : cherchez le clown ? Pour résoudre l'énigme, nous avons donc vu les deux spectacles !
En fait, le premier n'est pas du tout celui d'un clown (il jette très vite et avec rage son nez dans le public !) mais celui d'un humoriste de talent dans un "one man show" efficace où il règle ses comptes avec le milieu qui l'a vu naître (le cirque) et avec son grand-père Achille du même nom, le célèbre clown... Le second est la dernière création d'une Compagnie (Matapeste) qui creuse le sillon du clown depuis 30 ans, avec ici l'histoire d'un clown vagabond troublant et touchant (voir plus loin) !
Il reste que le Off du Festival d'Avignon 2009 confirme que la planète des clowns est multiple et bien vivante ! Pour nous, à Culture clown, les clowns répondent à un besoin de notre époqu,e avec leur étrangeté et leur liberté, leur regard drôle et sans concession sur le dérisoire et le tragique de la condition humaine... Alors, pour nos lecteurs, nous avons couru d'une salle à l'autre (sans arriver à couvrir la liste des spectacles répertoriés "clowns" !), et nous avons tendu notre micro à certains artistes sortant de scène... Voici ceux que nous avons le plus aimés.
Jean-Bernard Bonange
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Okidok - Slips Inside à l'Ile Piot à Avignon
 
Xavier Bouvier et Benoît Devos se connaissent depuis maintenant presque 20 ans... Ils montent à 12 ans leurs premiers numéros mêlant jonglerie, magie, acrobatie et jeu clownesque, et ne se quittent plus ! Ils se forgent une solide formation à l'école de LASAAD de Bruxelles et partent 2 ans à l'Ecole de Cirque de Montréal qu'ils quittent en 1997. La Compagnie OKIDOK voit alors le jour et créé "HAHAHA", spectacle joué plus de 500 fois à travers le monde et encore actuellement en tournée. La compagnie poursuit son travail clownesque dans son nouveau spectacle “Slips Inside” (création 2009). On y trouve le même langage corporel, théâtre gestuel muet ponctué de borborygmes, mais dans une esthétique toute différente.

  En slip kangourou... on les adooooooore !

Ils nous ont fait hurler de rire, taper sur les cuisses, glousser, tomber du siège...
Ils ont tourné des années leur 1er spectacle "HA HA HA ". Les effets étaient aussi dévastateurs pour les zigomatiques ! Les voici à Avignon avec leur nouvelle création.
On en a profité pour retourner en prendre une louche. Là, Xavier Bouvier et Benoît Devos ont complètement abandonnés leurs silhouettes habituelles de grands clowns.
Pourtant on adooooooorait aussi, leurs costumes stylisés du gros et du maigre, leur maquillage dans une esthétique et une finesse qui leur étaient propres, assez proches du cirque mais tellement libres et créatives. Ils ont TOUT abandonné ! Le costume, le maquillage, le gros et le maigre, ils sont... dénudés ! Tout nus... Non, pas vraiment !
Reste : le slip ! D'où le titre du spectacle "SLIPS INSIDE". Le slip blanc kangourou, voyez le genre ! Sacré changement, et pourtant, malgré ce virage artistique à 180 degré, ils sont là, sur scène, aussi extraordinaires, avec à nouveau cette faculté de nous emmener dans le dérisoire, la fantaisie, la bêtise incommensurable du clown. Chapeau bas Messieurs !
Albert et Baudoin, deux hurluberlus qui ont des corps de rêve, musclés, élégants.
Arrivés en peignoirs, nous avons l'image de deux boxeurs qui arrivent sur le ring, jouant à qui sera le plus beau, le plus fort, le plus séduisant... Ils se lancent dans une grande démonstration de leurs talents.
Déjà, dans ce premier instant, leur naïveté et leur bêtise sont grandiloquentes !
Ils commencent forts et n'arrêteront pas jusqu'à la fin ! Un rythme incroyable,
une inventivité sans faille, bref... fin et drôle : on adooooooore !

Myriam Andreoletti
Contact : www.emilesabord.fr
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Le Bocal (Bataclown) au Collège de la Salle à Avignon
 
Une belle allégorie sur nos barrières

Pour commencer, nous, public, on est bien benèses, assis tranquillement, confortablement dans nos beaux sièges rouges de théâtre pour voir les clowns... Et puis, ces trois-là, Zelda, Raoul et Victor nous emmènent dans une histoire qui nous touche là où ça peut gratter, démanger, sur des sujets aussi sensibles que notre liberté, notre désir de bonheur.
Déjà, en arrivant , à la file indienne, tels des randonneurs, les trois compères cherchent autour d'eux, et sur la carte topographique, le bonheur ! Chacun donnant une direction différente... on est déjà dans le vif du sujet ! Comment être heureux, comment être heureux à trois, ça se passe où ? Dans quelle orientation, quel est le sens ? Est-ce par ici ou bien par là ? Première difficulté, car il y en aura d'autres, beaucoup d'autres !
On prendra le parti d'en rire. Car c'est drôle pour nous, public, bien benèse, assis tranquillement, etc. de les voir cernés par une barrière invisible, qui envoie des décharges électriques dès que l'un d'eux essaie de la franchir. Elle est invisible, et même inexistante, mais réelle pour eux, dans leur imaginaire... et ça leur fait mal ! Le titre du spectacle alors nous revient en tête : "Le bocal" , terrible, terrifiant, de se sentir pris au piège, emprisonné, enfermé dans un bocal tels de stupides poissons, à tourner en rond. Là, notre trio de clowns est loin d'être passif et amorphe, tel le poisson. Au contraire, ils se démènent, essaient tout un tas de stratégies avec une grande naïveté.
C'est une belle allégorie sur nos barrières et, comme le dit l'auteur, Charles Gimat, sur nos mécanismes intérieurs, nos façons de se comporter : "une mécanique puissante qui emprisonne pour mettre à distance la peur de se découvrir Autre ". Dans ce spectacle, nous découvrons aussi, à travers eux, la vie d'un groupe enfermé, avec ses alliances, ses trahisons, l'individualisme ou la solidarité, la joie et aussi la culpabilité de celui qui a réussi à fuir...
"Le Bocal" est à la fois fantasque, léger et profond. Ensuite, moins benèses, nous irons philosopher sur le sens de la vie ! De notre vie. Myriam Andreoletti
 
 
 
Une lectrice a aussi vu Le Bocal à Villepinte (93)

Suspendus à l'aventure
Avec mon mari, on n'était pas très chaud pour aller jusqu'à Villepinte pour voir Le Bocal, mais nous avons vraiment été récompensés car nous avons adoré le spectacle tous les deux, et je crois qu'on était loin d'être les seuls, suspendus à l'aventure de ces trois clowns pleine de rebondissements, et totalement sous le charme ! Il y a une belle connivence entre ces trois là, un engagement physique et vocal total, un rapport extraordinaire à la musique, à l'espace, au public... tout est là pour nous embarquer dans leur univers, et ça marche !

Isabelle Chardon

Contact : www.bataclown.com
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Jonny Berouette par les Matapeste à Présence Pasteur à Avignon
 
Sensoriel, primaire, intense, direct...
Le public est dans l'obscurité, sur des bancs rudimentaires. L'ambiance est étrange, la scène est recouverte d'un immense tas de terre. Du fond arrive, toujours dans l'ombre, un accordéoniste qui entame un air doux. Le personnage, Jonny Berouette, lui, arrive par le côté du public, tirant sa brouette et grommelant. A qui parle-t-il ? Pas au musicien qu'il ne voit pas et qui va rester dans le bord de la scène et de l'histoire, comme un témoin attentif et contenant. Ce clown vagabond tâte, renifle et goûte la terre et il la reconnaît comme sienne. Mon sentiment de curiosité s'attise et ma sympathie pour ce "clochard" naît. Il va d'ailleurs me le rendre puisque je suis celle, parmi les dames du public, vers qui Jonny Berouette aura un élan.
Mais d'abord, longtemps, il ne nous voit pas et s'intéresse à son univers de sacs et d'objets vieillis et sales, à son cassettophone où il passe une chanson de Johnny Halliday en boucle... et à la terre dans laquelle il décide de lâcher sa mère, de l'enterrer.
En fait, c'est avec elle qu'il parle, en poitevin, une langue à peine compréhensible tellement l'accent et les mots me sont inconnus.
Il lui parle donc, enfin... au crâne et aux os qu'il conserve dans sa brouette ! C'est terrible et si touchant ces liens entre une plus que morte et un plus que vivant ! Au fur et à mesure de ce monologue (ou monodialogue puisque Jonny répète ce que sa maman lui dit), chacun peut reconnaître un bout de son histoire avec son père, sa mère ou autre parent. Là, elle est poussée à un tel excès de relation fusionnelle qu'on est vite en complicité avec lui pour qu'il parvienne à se défaire de cette mère qu'on ressent comme si possessive. Situation absurde et pourtant si juste.
Au moment où Jonny nous découvre, c'est le choc ! Pour lui comme pour nous. Il nous scrute, nous reconnaît mais ne se sent pas reconnu...
Il semble reconnaître dans le public une femme dont il fut amoureux (c'est moi, chic!), tout en étant dans la gène face à sa mère qui, même de l'autre monde, contrôle et juge ses faits et gestes. Son mode de contact est des plus basiques : il me lèche les doigts et me renifle de partout ! Et surtout, ce regard si intense et perdu à la fois. Surprises et émotions envahissent le public. Plus tard, son jeu d'enterrement va émouvoir au point qu'une spectatrice pleure à chaudes larmes... Enfin, Jonny réussit à se séparer et repart libéré de son fardeau. Je lui verrai bien une suite, une d'histoire d'amour libéré!
J'ai aimé ce spectacle prenant aux tripes et laissant des traces d'humanité qui durent et dépassent bien d'autres aventures clowns de ce Festival. Jonny Berouette est clown par ses côtés sensoriel, primaire, intense, direct... On a ri bien que ce ne soit pas le principal car le sujet est grave. Les sensations à vif et les actes cruciaux émeuvent. Loin du gag ou de la farce, on découvre un clown rustre et énergique, sensible et meurtri, vivant et humain.

Claire Oudart
Contact : www.clownsmatapeste.com
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Cie Acte9 - Giselle... Le Récital
 
Un univers poétique singulier et touchant

La scène est petite mais il y a un balcon. C'est justement par là que Giselle arrive. Elle escalade la barrière et descend sur scène. Entrée en jeu de haut en bas et en diagonale, original! Sa voix aussi est bien singulière, un peu nasillarde et enfantine.
Elle nous parle et nous regarde avec attention et étrangeté.
Son projet est un récital mais elle dévie à tout moment, occupée par des soucis bien éloignés du récital.
Elle a des états émouvants et sa relation au public est franche et directe. Elle joue avec les mots comme une enfant ou une savante, offre à quelqu'un un livre de Victor Hugo (c'est à moi qu'elle le donne, décidément, j'ai de la chance avec les clowns à Avignon!), attend cet auteur célèbre pour qu'il l'emmène, s'installe dans un grand caddie, passe et repasse dans un grand tissu noir... Bref, beaucoup d'événements surviennent et font que son récital ne commence pas ou s'interrompt très vite! Mais Giselle réussit à nous embarquer dans ce chemin de contre-projets.
Dans ce spectacle, Anne Gaillard aborde le thème de la mort. Sa manière à la fois réservée et audacieuse d'investir les espaces, les objets insolites et les sujets graves, embarque dans un univers poétique singulier et touchant. A découvrir !
Claire Oudart
 
Giselle est colérique, jalouse.
Obsédée par les questions de l'amour. Elle erre dans la ville, fascinée par les autres et méfiante.
Un soir, elle entre dans un théâtre : elle va faire un récital d'anthologie de la poésie...
Et le temps passe, à discuter avec les spectateurs, à découvrir comment un livre est arrivé là, par terre,
à communiquer avec son talkie-walkie, à régler son compte à la mort, à embrasser les poèmes...
Giselle fait partie de cette génération de clowns qui pose un regard mi amusé mi angoissé sur les choses de la vie.
 
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Interview : Cie Okidok > change d'Epok ! Interview de Xavier Bouvier et Benoît Devos par Jean Bernard Bonange
 

Après le spectacle (et après leur douche), nous les retrouvons pour un échange "à chaud", dans la douceur de la nuit avignonnaise...

L'art du ridicule

JBB. Comment passe-t-on de “HA HA HA” et des clowns au nez rouge plus traditionnels, à “Slips inside” avec des personnages comiques plus actuel, qui plaisent beaucoup aux jeunes, si j'en juge par le public de ce soir ?

Okidok. C'est parce que c'est plus "jeune" ! "Slips inside" est plus ancré dans la réalité que dans les codes liés aux clowns au nez rouge. Nous sommes plus proches de l'humain quotidien et d'une certaine forme d'actualité, pas dans une sorte d'onirisme comme dans "Ha Ha Ha". Les personnages de "Slips inside" sont vraiment ridicules tandis que ceux au nez rouge et avec maquillage sont plus touchants et renvoient à une vieille image du cirque, plus poétique. Du temps des Fratellini, c'était "la belle époque", les gens étaient en beaux costumes, en froc, alors les clowns étaient plus près du ridicule. Tandis que de nos jours, avec ces clowns, on ne touche pas le ridicule mais la nostalgie. Aujourd'hui, c'est le temps des corps nus, magnifiés. Nous, on arrive avec des corps singuliers.

Là, vos personnages sont dans une sorte de modernité même si les registres de complicité, de dérapage, de jeu dans le jeu, sont présents dans les deux spectacles.
Ca, c'est notre technique de jeu, notre artisanat : le non-verbal, l'écriture corporelle...

Ce que j'aimais dans "HA HA HA", c'était sa dimension poétique et votre façon de traiter les enjeux relationnels de la vie sociale. Avec "Slip inside", les enjeux sont plus "modernes"...
Dans "HA HA HA", le prétexte - le "pourquoi les clowns sont-ils sur scène ?” - est important. C'est un spectacle plus difficile à jouer, car il faut des codes d'improvisation plus techniques pour retomber toujours sur nos pattes. Il est plus écrit tandis que dans "Slip Inside", le prétexte est vraiment nul ! C'est un choix qui permet de mettre uniquement les personnages en avant et de pousser un jeu qui, pour nous, pousse plus à l'improvisation. Pour le public, c'est sûr que ça évoque moins de choses mais nous, en tant que comédiens, nous évoluons plus dans ce second spectacle. C'est une manière de mettre en jeu des numéros. Mais ce ne sont que des prétextes pour mettre en avant l'humanité des personnages, leurs maladresses, leurs prétentions qui tombent à plat. Ils sont certains de tout savoir et de bien faire !

A mes yeux, vous ne mettez pas seulement en avant des personnages ridicules... J'ai ressenti une dimension parodique et critique éclairant ce qu'on ne montre pas au music hall ou au cirque... Vos personnages veulent bien réussir mais, justement, ils se ramassent et, en foirant les numéros, ils transgressent les codes. Vous êtes sensibles à la notion de parodie?
La notion de parodie suppose de se moquer de ceux qui font cela sérieusement. Or nos personnages ne sont pas en train de parodier, ils font tout avec conviction. Ils vont glisser, ils vont rater, et leur envie de rire, de s'amuser, va au-delà de ce qu'ils avaient prévu. Ce qu'on a envie de faire ressortir, ce sont les notions d'humanité. On aime beaucoup les numéros d'acrobatie au cirque et on n'est pas dans le refus. Mais c'est sûr que le cirque propose des archétypes, par exemples l'homme fort, le magicien, l'acrobate, le danseur... Peu importe le prétexte, le clown est là pour faire voir ce qu'il y a en-dessous, ce qui craquelle...

A Avignon, vous êtes identifiés dans la catégorie des clowns. Pourquoi vous rattachez-vous encore à cette référence alors que vous en êtes éloignés dans l'image ?
Le clown n'est pas seulement celui qui a le nez rouge. C'est l'écriture qui est fondamentalement clownesque. Le clown utilise ses talents. Grock, c'est la musique. Nous, on utilise un peu l'acrobatie, le karaté, mais c'est traité avec une écriture de deux "clowns". Nous avons créé deux spectacles et notre compagnie s'intéresse à des esthétiques, des images différentes qui évoquent des choses différentes. Le changement est radical avec "Slips Inside", il nous permet d'évoluer dans notre travail de comédien. D'ailleurs on est un peu anxieux de savoir comment les gens vont prendre cela...

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Interview : Cie les Matapeste > un clown né quelque part ----- "La culture, elle te grandit ou elle te coince..."
Interview de Francis Lebarbier par Jean Bernard Bonange
 
Après le spectacle, nous retrouvons Francis Lebarbier, fraîchement démaquillé, dans la cour du théâtre.

Le rapport au public

JBB. Ton spectacle m'a touché... d'autant plus que j'ai enterré ma mère il y a juste un an. Et dans le public, tout à l'heure, une spectatrice s'est mise à pleurer, bruyamment... Est-ce que ton clown ne peut pas prendre plus en compte cet événement ?

FL. Quand la fille a pleuré à gros bouillons, je ne me suis pas interrompu. Bon, je ne sais pas ce que cela a fait aux autres spectateurs... J'ai trouvé cela beau. Elle a vraiment pleuré dès que j'ai sorti les os ! Et là j'ai fait un jeu avec les os, un peu pour elle, et elle a ri. J'ai fait l'oiseau un peu plus fort que d'habitude, des petites choses...

Ton personnage aurait pu la regarder... Quand il nous regarde, il nous regarde à fond !
Je n'ai pas osé la regarder. Je suis resté dans mon truc mais j'ai appuyé certaines choses pour essayer de la faire sourire. Jusqu'à aujourd'hui, on l'a joué 52 fois, beaucoup en milieu rural, à la fin les gens pleurent... C'est notre rapport à tous, à notre père, notre mère, notre langue...

Après, Jonny repart quand même plus allégé !
Oui, il laisse tout derrière et puis il va vivre sa vie d'homme. Il y a juste un peu de lumière et la femme du public fait un signe ou non... Cette fois, elle l'a fait. C'était super! J'adore quand elle répond!

Je trouve que ton personnage a un rapport au public méfiant... L'Auguste, en général, est ouvert dans la rencontre avec le public. Là, Jonny nous ignore longtemps puis se méfie de nous, et on se demande à quel moment il va avoir du plaisir à nous voir ! Est-ce que ton clown a toujours cela dans les autres spectacles?
Non, moi d'habitude, je suis clown blanc depuis 30 ans. Là, j'ai eu envie de casser le truc du clown blanc, de prendre le contre-pied et de devenir complètement l'opposé : un fragile mais rude. Lorsque Jonny découvre le public, il se trouve couillon. On l'a vu avec sa maman. Et le contact, la femme, l'aveu qu'il est de là et que personne ne le reconnaisse, le rendent étranger à lui-même.

On peut dire que cela le théâtralise trop. Sur le plan de l'histoire, on comprend mais sur le plan du clown... il pourrait se détendre dans sa rencontre avec le public, non ?
Peut-être! J'entends ce que tu dis. Mon collègue Hugues Roche pense, comme toi, que c'est un peu trop dramatique et qu'on perd la dimension clown. Pour l'instant, je le fais comme ça mais je cherche encore pour la fin, avec le metteur en scène, comment amener des petites choses, des sourires.

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Interview : Cie Acte 9 > quelquepart entre l'enfance et la souffrance interview d'Anne Gaillard
 
JBB. Tu es comédienne et puis tu as rencontré le travail du clown avec François Cervantes à la Compagnie L'Entreprise... Comment Giselle est-elle née ?

AG. J'ai participé pendant cinq ans à un atelier permanent avec François Cervantes, et c'est là que Giselle est née. Mais cela ne m'a pas suffi et j'ai continué avec elle. Et puis un événement dans ma vie a fait que j'ai eu envie d'écrire. Et j'ai écrit pour Giselle mais, au début, je ne pensais pas que cela ferait un spectacle. Pas au début. Dans cet Atelier, nous cherchions à allers vers une créature dont on "tomberait éperdument amoureux". Il en est sorti Giselle et j'ai eu envie d'en témoigner. Comme je suis en résidence dans ce théâtre d'Avignon, j'en profite pour faire connaître mon travail.

Je trouve que, sur Avignon, c'est intéressant qu'il y ait ce travail-là.

J'ai hésité. Le lieu est petit. J'étais habituée aux grands espaces. D'ailleurs, comme je n'ai pas d'espace horizontal, j'utilise le vertical et j'entre par en haut. Cela m'a mise dans une énergie plus juste.

Les errances de Giselle autour des mots, les scories, les tâtonnements, les lapsus, c'est vraiment riche. Et puis sa voix est impressionnante !

Comme François Cervantes est auteur, on a énormément travaillé la position "d'écrire" sur le plateau: Le mot, c'est du son d'abord, du corps. Et ensuite, l'écriture c'est choisir quel mot. C'est cela qui m'a passionnée. Cette voix, je n'ai jamais cherché à la faire. Je cherchais la justesse, comme on accorde une radio. Tout d'un coup, elle arrive et elle permet à Giselle d'être là. C'est aussi grâce à François. "Le grain de la voix", comme il dit, fait partie de cette chose vibratoire qui est comme un travail de mémoire. La voix vient du corps, elle est vibration, et elle réveille le corps, la mémoire.

Il pourrait y avoir encore plus de liberté dans ta voix. Elle reste "écrite"... II y a des émotions qui font des changements mais la surprise serait qu'il lui vienne une voix autre...
Oui, je sens qu'au niveau de la voix, il y a des milliards de choses qui pourraient fleurir ! Je sens comment elle est modifiée mais ça pourrait continuer...

Elle chante aussi !
Cela fait un moment purement jubilatoire ! Cela fait penser aux enfants, il n'y a aucun sens, si ce n'est d'être en joie. Faudrait que ce soit tout le temps comme cela !

 
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Vus sur Scène : Comic Trust > White side story au Théâtre des Béliers à Avignon par Miriam Andréoletti
 

 

Une farce shakespearienne pour clowns russes déjantés !

Le "Comic Trust", comme son nom ne l'indique pas est une compagnie de clowns russes! "White side story", comme le nom ne l'indique toujours pas, est joué par des clowns russes! Heureusement, le spectacle est in-ter-na-tion-nal! Peu de dialogues, surtout des onomatopées, pantomime, danse, clownerie, trucages et bruitages, le tout à vive allure, et le tourbillon nous emporte ! Sous l'apparence d'un conte, c'est une farce sur le pouvoir et les travers du genre humain. Mais tout est concocté pour embarquer le public dans une joyeuse fantaisie.
Sur scène, trois clowns, accompagnés de l'artificier metteur en scène, Vadim Fisson. Evidemment, on pense au Licedeï, la fameuse école de clowns russes, reconnue au niveau international et particulièrement en France lors de la tournée de "Sémnianiky"... Et pourtant, juste un fil ténu les relie : l'actrice-clowne de "Comic Trust" a fait cette célèbre école.
Le metteur en scène, lui , vient de l'Académie de théâtre de St Petersbourg, une école... académique, sans clowns !

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Vus sur Scène : Bataclown > Le Récital à l'Espace Artisse à Bordeaux par Bernard Laforêt
 
Un personnage attachant et inattendu

Quel plaisir de voir le Bataclown sur scène ! Evénement attendu par beaucoup et on n’est pas déçu ! Basile Mozarof, soliste étrange,
voudrait tant être un grand compositeur – interprête de grande musique… et il fait ce qu’il peut pour nous entraîner dans un Récital improbable.
On y croit ! On est attiré par ce personnage attachant et inattendu.
La scène où il nous montre naïvement sa relation à la partition, à la musique et à la figure du compositeur est tout simplement délicieuse.
Et la découverte hasardeuse du monde imaginaire de la musique est jouée avec une force burlesque étonnante !
Bertil Sylvander y fait preuve d’une belle maîtrise, dans un parcours émotionnel et imaginaire qui nous raconte vraiment une histoire de clown, grande dans son ambition et touchante dans sa précarité...

Contact : www.bataclown.com
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Hommage ... en mémoire d'Oscar Java (Christian Bugeda) par Bertil Sylvander
 
En mémoire d’Oscar Java

“Quand un clown sort... il entre ailleurs”. Oscar Java est sorti de scène. Et il n’est pas impossible qu’il reste là où il est un bon moment (comptez deux ou trois éternités). Depuis son entrée, là haut, tout le monde est plié. Les salauds.
Pour son dernier solo chez nous, à La Robin, il avait arpenté le plateau et trébuché sur tout obstacle, réel ou imaginaire. Puis, il avait constaté que son pied droit restait de travers (voir la photo ci contre). Après quelques pas, il s’était décidé à devenir cordonnier (il n’y a qu’Oscar pour réparer sa chaussure alors qu’il a mal au pied). Et il était sorti.
Gentleman contrarié, Oscar tombait, tout comme ses grands ancêtres. Puis il se redressait par saccades, l’air vaguement ennuyé par ses frasques, relevait ses coudes et recommençait de plus belle, déployant un langage fragmenté, qui n’avait rien à envier à une démarche incertaine. Pourtant, à l’arrivée, tout y était et les vagues de rires en témoignaient.

Dans la troupe des Tamponnez, il arrivait en casseur, manipulant de manière gauchement belliqueuse la “ceinture de sa sœur”. Puis il avouait : “mais je t’aimeu, con!”.
Christian Bugeda, surnommé Bubu, était vraiment l’âme de son clown : raffiné et gouailleur, léger et profond. Il nous a fait le beau cadeau de travailler avec nous, lors du stage “clown et création” de l’été 2008 du Bataclown, qui s’est terminé par un spectacle intitulé : “Au bout du voyage… “ (étrange, non ?). Oscar y était un inspecteur improbable, dans sa veste jaune surmontée d’une blanche écharpe en lapin. Flanqué de sa compagne “La Franquie”, il était amoureux de Granada et menait, à bord d’un paquebot chimérique, une enquête incompréhensible. Sortant de l’incognito, il y retournait aussi sec, pour manque de résultat.
Bubu, tu nous manques ! Privés désormais de ta belle présence d’homme, il nous reste ces magnifiques images de ton clown. Elles ne pourront pas s’effacer de nos cœurs.
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Otto Didakt - Le journal de ma vie - Vienne, ce Jeudi 8 juin 1933 -
   
Programme politique pour la crise
 

Tenant compte de ma notoriété et de mon influence, quelques amis me poussent gentiment à me lancer dans la politique. Dans les circonstances actuelles, marquées par une dépression économique exceptionnelle et devant la montée des périls, il me semble effectivement que je pourrais, à l’occasion, être utile à mon pays. J’y réfléchis, depuis quelques semaines. Cependant, il me semblerait malséant de le faire sans avoir mûrement élaboré un programme novateur. Dans l’espoir de faire avancer ma pensée, je jette ici quelques pistes qu’il me faudra peaufiner sous peu.

En premier lieu, pour soulager la misère de mes contemporains les plus nécessiteux, je suggère d’augmenter les salaires massivement. Il est en effet inacceptable que des familles entières en soient réduites à avoir faim et froid. Mais on sait combien l’inflation reprend facilement de l’autre main ce que les salaires octroient. Il faut donc bloquer les prix.
Mais le chômage, massif depuis ces quelques années de crise ? Eh bien, il faut les embaucher séance tenante dans les entreprises, qui devront, pour absorber ce surcroît d’employés, augmenter leur production, leurs ventes, ce qui sera encore facilité par la baisse massive des prix de revient, que je préconise. Ainsi, tous les besoins seront couverts et nous pourrons envisager d’augmenter les exportations et de réduire fortement les importations.
En matière sociale, je suis pour une couverture intégrale des dépenses de santé par la puissance publique, pour une politique sanitaire ambitieuse et pour le paiement de retraites conséquentes à nos aînés méritants. De même, je pense qu’il faut construire plus de logements et à des prix abordables pour tout un chacun.

Enfin, en matière de politique étrangère, je suis pour la paix et la bonne entente entre les peuples.

Voilà. Je suis assez content de ce programme, que je vais présenter prochainement à mes amis du club que j’ai fondé :
«pour une politique originale et novatrice».

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