Culture Clown - Revue éditée par le CRCC - La Robin, 32220 Lombez - 05 62 62 46 78  
 
La revue qui déguste la vie des clowns
 
Ci-dessous des extraits du Bouillon actuel, le n°18
 
> version papier = 8 à 12 pages d'actualité clownesque ! commander CultureClown N°18
 
 
 
 
Reportage Le TGCMC 2011 : (Très Grand Conseil Mondial des Clowns)
par Béatrice FORÊT et dans ce cadre :
   
 
Vu sur scène
"One day à la Bobitch" de Boris Arquier et rencontre
par Myriam Andréoletti
 
 
Vu sur Scène Colette Gomette dans "L'enfrefrise"
  Spectacle de rue de la Cie du Poil de la bête avec Hélène Gustin et Michel Buquet, par Jean Bernard Bonange
   
 
Vu sur Scène La chanson d’Arla
de et par Caroline Sourget, sous la direction de Nathalie Bernard
Par Michaëlla Gallozzi
   
 
Rencontres Devenir clown à l'hôpital
  Les Nez Nets (Nîmes)
   
  Les Docteurs Rêves (Théodora France)
   
  Docteur Clown (Québec)
   
   
 
Le Journal de ma vie - par le savant fou Otto Didakt
 
   
 

MENUS

LE BOUILLON ACTUEL : N°18

Reportage :
Le TGCMC 2011 (Très Grand Conseil Mondial des Clowns)
et dans ce cadre :

Vus sur scène :

"One day à la Bobitch" de Boris Arquier
Colette Gomette dans "L’Enfrefrise"
La chanson d’Arla de Caroline Sourget

Rencontres :
Devenir clown à l'hôpital :
Les Nez Nets (Nîmes)
Les "docteurs Rêves" (Théodora France)
Docteur Clown (Québec)

Tranches de spectacle
(Les 30 ans du Bataclown !)

Le journal d’Otto Didakt

L’ACTU-CLOWN

 
 
 
 
 
 
 
 
Reportage : Le TGCMC 2011 : (Très Grand Conseil Mondial des Clowns)
Un rendez-vous avec la diversité des clowns et des cultures !
Par notre envoyée spéciale à NIORT : Béatrice Forêt.
     
 

5ème édition de ce festival qui a lieu tous les deux ans et continue à prendre de l’ampleur, dans une drôle de ville dont le centre est un gros chantier. Plusieurs milliers de personnes étaient là pour accueillir une soixantaine de clowns à Niort, vendredi soir 27 mai 2011. Cette fois-ci, ils sont sortis des Halles, et leur moyen de transport privilégié était le cycle : tricycle, bicycle, monocycle… Les années précédentes, ils étaient arrivés par train, bateau, parachutes...
Après le discours d’ouverture, prononcé par l’humoriste Jean-Jacques Vanier, les clowns ont ensuite grimpé la côte de la colline Saint-André, par les petites rues, et la foule leur a emboîté le pas jusqu’à l’Espace Du Guesclin, vaste lieu dans la cour duquel se dressait un énorme chapiteau. "Comme pour les coureurs du Tour de France, en côte les gens ont pu bien voir chacun des clowns", explique Hugues Roche, des Matapeste, compagnie instigatrice de l’événement.

Des clowns à la fenêtre

Après la parade matinale, le samedi après-midi les clowns ont déambulé, ou plutôt continué à vivre leur vie dans les ruelles à flanc de colline, et le public pouvait assister à de charmantes petites scènes : un facteur à vélo tentant de déposer d’étranges lettres dans les boîtes, poursuivi par le petit chien d’une dame très chic en rose ; une blonde ravageuse tricotant à la porte d’un garage, un type lisant son journal assis dans l’encoignure d’une fenêtre… La magie était de les voir habiter la ville, rentrer chez eux, disparaître derrière une porte cochère, ou humer l’air à leur fenêtre.
Une quinzaine de spectacles étaient au programme des 27 et 28 mai, présentés pour l’essentiel dans l’espace Du Guesclin, sous un chapiteau, sur les esplanades et dans les salles de conférence aménagées en lieux de spectacle. Tout autour de la cour : le linge bariolé et amidonné des clowns mis à sécher, et au beau milieu, une estrade, un orchestre et une chorale, la buvette et la guinguette pour se restaurer, dans une ambiance chaleureuse malgré la brise. D’autres spectacles attendaient le public dans des lieux de la colline Saint-André. Un programme touffu et une sensation de dispersion un peu déroutante pour certains spectateurs qui cherchaient leur chemin le samedi
après-midi dans les ruelles alentour.

Des clowns et burlesques venus de Russie (jeunes clown issus du Licedeï), du Mexique (A la Deriva Teatro),
du Bénin, du Vietnam (Cirque de Hanoï), d’Allemagne, du Japon, de Hollande, de Belgique (Okidok), étaient au rendez-vous, autour des têtes d’affiche françaises comme Emma la clown et Boudu. Petit coup de chapeau au duo japonais de la compagnie Sivouplait, "Silences amusants d’un couple en blanc", du côté du mime burlesque, dont l’humour subtil et classe a fait mouche. Après le discours (flou) de clôture de J-J Vanier, les clowns sont repartis le samedi soir, sans mot dire et bien fourbus, à la queue leu leu, sous les accents nostalgiques de la fanfare.

Moins de rézouderies, plus d’action culturelle

Ce qui change dans la programmation cette année ? "On a privilégié les clowns sur le burlesque", explique Hugues Roche. C’est un choix. Les clowns sont plus nombreux. Quant aux "rézouderies" des questions de société par les clowns, elles ne sont plus la priorité du Festival. "On ne se met plus la pression sur le concept. On a expérimenté : c’est difficile pour les clowns de prendre la parole de cette façon, d’autant qu’ils viennent tous d’univers très différents". Et surtout, les rézouderies exigeraient un budget spécifique que le TGCMC n’obtient pas en ces temps de restriction, pour permettre à des comédiens-clowns de se réunir et de créer spécialement pour le Festival.

Place donc aux spectacles et au travail de fond avec les partenaires, surtout ceux de la région. "L’objectif du TGCMC est de montrer la diversité des clowns et des cultures. On affirme que le personnage du clown est important. On a besoin de lui, de rire de soi. Le clown aide à voir les choses d’une autre manière." Côté partenariats, la priorité est à l’action culturelle, en lien avec une trentaine de communes, le Conseil Régional,
et d’autres partenaires sociaux et politiques. En amont du festival, un gros travail a été réalisé dans le quartier nord de Niort pendant plusieurs mois, et en aval, la caravane internationale des 12 clowns fait sa tournée jusqu’à la mi-juin (écoles, maisons de retraite, Hôpital de Niort en lien avec les Clowns Relationnels…)

Côté "rézouderies", les 12 clowns planchent sur le thème de l’identité dans une communauté de communes récemment créée (récolte d’un objet de la plus haute importance dans chacune des 13 communes, suivie au final d’une cérémonie de rézouderie) et sur le thème de l’eau dans le département des Deux-Sèvres, ce qui fera l’objet d’un reportage présenté au public en novembre 2011.

En marge du festival, a eu lieu la "première internationale clownesque" pour développer des coopérations internationales entre clowns et festivals de clowns à travers le monde : festivals de Santiago de Compostelle (Espagne), Ramallah (Palestine), Guadalajara (Mexique), Le Prato (Lille), le Samovar (Paris)…

 
 
   
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Vu sur scène : "One day à la Bobitch" de Boris Arquier par Myriam Andréoletti
mise en scène : Michel Dallaire - Compagnie Microsillon
 
 
 
 

Quel touchant personnage ce Bobitch !

Il paraît bien vieux ce clown avec sa moustache grise, et pourtant il réagit comme un enfant parfois ! Il prend la vie du bon côté, même si dans sa vie il n'y en a pas de bon côté ! Mais il ne le sait pas.
Dans ce spectacle, nous sommes dans une drôle de SF (sciences fiction). Fin du XXI siècle ? En tout cas dans une société totalitaire où chaque individu est un pion, et lorsque l'âge arrive, on le déplace dans le désert. Au milieu de nulle part pour finir lamentablement ses jours, après une vie de labeur consacrée justement à cette société. Evidemment, toute ressemblance avec une histoire connue etc. etc. !
Bobitch, lui, comprend "dessert" au lieu de "désert". Il est donc bien d'accord si tout cela finit par un dessert ! C'est sa dernière journée de travail, il l'a su le matin même au réveil.
On découvre alors cet étrange personnage en prise avec toutes sortes de machines (rappelez -vous, nous sommes dans la science fiction !), les rares personnes qu'il pourrait rencontrer sont derrière un écran de télé, toujours inaccessibles. On sent une solitude extrême, un petit homme qui, malgré tout, n'est pas "broyé" par le système, car son regard décalé nous le fait exister fortement, j'allais dire en résistance... même s'il n'en a pas conscience. Mais il est plutôt le grain de sable qui, un jour, fera dérailler la machine, sans le vouloir, par naïveté et maladresse ! L'humour est toujours là, un brin corrosif. C'est l'univers de la BD qui prédomine. Il faut dire que l'acteur, Boris Arquier, est un excellent bruiteur, mime, et circasien. Quelle virtuosité ! Le geste juste et précis, la silhouette bien dessinée, passé maître dans l'art du beatbox (*), il "fly", dit-il, il vole, plane et s'amuse follement. Passionné depuis toujours par la S.F et tous les thèmes d'anticipation, il avait en tête, à la création de son spectacle, des films comme "Brasil" ou "Soleil vert".
C'est réussi : nous y sommes... dans le mille !

 

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Rencontre : avec Boris Arquier
par Myriam Andréoletti
 
Du rugby au clown, il n'y a qu'un pas !

Au départ rien ne prédestinait Boris Arquier à devenir clown : il était rugbyman ! A l'époque, ( les années 90 ) il cherchait du travail, un de ces amis, circassien, lui propose alors de faire partie de l'équipe des monteurs du chapiteau. Il avait la carrure, la volonté, la possibilité de suivre la tournée du cirque jusqu'en Allemagne.
Le voici propulsé dans l'aventure du cirque Arkaos, là où chacun peut et doit participer, à sa façon, à la construction artistique du spectacle, qu'il soit artiste ou technicien. C'est ainsi que Boris se retrouve sur scène, ses atouts : son énergie incroyable, sa naïveté comique. De là, il n'y a qu'un pas vers le clown.. D'autant plus qu'il rencontre alors le metteur-en-scène et formateur Michel Dallaire - fondateur du Hangar des Mines - une "référence" dans le milieu circassien.

Il se forme alors auprès de lui, et peu à peu Michel lui propose de participer à "Pump Dock and Cirkansen" en tant que serveur-clown ; Boris participe au collectif " Gosh", un cirque franco-allemand (avec des anciens d'Arkaos notamment), puis au spectacle "Les Hommes en noir" de la compagnie Contre-Pour, un spectacle de rue clownesque.
Revenu en 2004 en France, il avait créé l'année précédente, un duo avec un ancien d'Arkaos, Detlef Winterberg, mime et clown, gagman, bruiteur. Le nom du spectacle : "les types ", l'histoire de deux pilotes d'avion de la première guerre mondiale. Imaginez-les dans une vieille carlingue, un avion à hélice, avec tous les bruitages incroyables. Bobitch était le sous-officier, vieux, frustré de ne pas être chef, rempli de médailles mais resté un peu abruti, celui qui croit savoir. Il montrait au p'tit jeune son savoir, sauf qu'il avait plombé tous les avions durant toute sa longue carrière! Des prétextes à de nombreux bruitages. Les deux acteurs avaient déjà cette particularité : faire du visuel, des bruitages farfelus. Issus tous deux de la génération "cartoon", ils adoraient refaire les sons des dessins animés, des nouvelles technologies. Boris a beaucoup appris de Detlef, un grand professionnel, un mime hors-pair; il a préféré faire le contre-point et, du coup, le clown, sans nez rouge.

Nez rouge et p'tit vieux !

"Aujourd'hui, c'est la première fois que je joue avec un nez rouge. Jusque là, j'étais un peu grimé, mais cette fois-ci j'avais vraiment envie de travailler avec le nez rouge et j'ai senti qu'il venait quelque chose en plus. C'est difficile à expliquer. C'est un masque et quelque chose en sort. Quand j'ai eu envie de monter un solo, j'ai repensé à ce personnage de vieux pilote abruti ! J'avais envie de faire un spectacle avec ce personnage et comme j'ai toujours été passionné de science-fiction, j'avais des thèmes en tête et l'écriture est venue facilement.
Pourquoi un petit vieux ? C'était dans ce personnage de "chef", de type à la retraite. En même temps, il a des côtés enfant. C'est évident pour moi le rapprochement entre la vieillesse et l'enfance. C'est indissociable, les deux extrêmes se rejoignent. Cela me touche énormément. Comme je suis "cartoon", le petit vieux fait des bonds, il peut garder de la vitalité quand il est content. C'est un état particulier, c'est un vieux garçon, il n'a jamais grandi, fondé une famille. Le seul glamour dans sa vie, c'est la secrétaire sur l'écran. Le sexe, c'est via la caméra, l'amitié aussi..."
Boris adore la science et les machines, prétextes pour que tout se déglingue ensuite. Il s'est régalé à trouver les bruitages des machines de sécurité, les portes qui s'ouvrent, se referment, les digicodes, les ascenseurs et autres machineries à haute technicité ! A travers ces gags, il espère que l'émotion émergera, car si c'est très drôle d'imaginer la machine qui explose, c'est dire aussi toute la fragilité d'un système, les fissures. C'est aussi parler de la grande fragilité des humains pris dans l'engrenage. Il a envie de toucher le public. Les loosers, c'est touchant. " dit-il.

Le rapport au public

"Je ne suis pas un intello, je suis un homme de terrain. Je suis à la recherche de l'émotion dans le jeu, donner à voir tous les états, puis peu à peu affiner. Je n'ai pas la répartie, je n'ai pas la facilité de jouer en direct avec le public, mais j'essaie de rendre possible le rapport entre le clown et le public, même si mon spectacle est plutôt cinématographique."
Pendant le spectacle, parfois, Bobitch prend le public à témoin ou distille quelques apartés. Il a de nombreux dérapages... très contrôlés !
A la fin, quand le cœur serré il doit partir, il perd d'ailleurs un temps fou ! Il a tant d'excuses pour ne pas partir. Il recherche dans le public... du réconfort ? du courage ?
"Quand il n'y a pas beaucoup de monde dans le public, je ne chôme pas, c'est du boulot pour les accrocher, les emmener, ne pas les perdre, ne pas se sentir seul. Le clown a fondamentalement envie de se faire aimer, il a une soif d'amour énorme; pour moi c'est l'objectif : il ne faut pas lâcher ça ! “
Dans sa tournée des ATP dans le sud-est, le public était au rendez-vous. S'il y a effectivement beaucoup de virtuosité dans ce spectacle, la plupart des spectateurs adhèrent rapidement. D'autres, saturés de sons, ne se laissent pas embarquer. Il est toujours sur le fil, mais il veut lier la performance à la sensibilité, à l'émotion. Vraiment, quand le clown s'arrête (enfin !) regarde le public et nous envoie toute la misère du monde du fond de ses yeux (!), nous sommes touchés-coulés. Bobitch a de beaux jours devant lui, si Boris l'emmène en tournée toute cette année. Il a, dans ses projets, mille et une aventures pour "son" Bobitch... car Boris fait référence à Grock ou Buffo, lorsqu'il imagine la longue vie de Bobitch. Une vie, un clown.

 
Contact : Boris Arquier - Cie Microsillon (Gard) - borisarquier@neuf.fr - cie-microsillon@neuf.fr
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Vu sur Scène : Colette Gomette dans "L'enfrefrise"
 

Spectacle de rue de la Cie du Poil de la bête avec Hélène Gustin et Michel Buquet.

par Jean-Bernard Bonange
 
La naïveté et la vitalité comme pouvoir de transformation

Quel plaisir de retrouver Colette Gomette dans ce spectacle de rue en duo, qui a eu un grand succès au Festival Sav'en rires de Samatan (Gers, 8-9 mai 2011).
Vous ne connaissez pas encore cette clowne ? Sa silhouette court vêtue est reconnaissable de loin. Son corps est un instrument de "musique contemporaine", plein de surprises, de dissonances, d’accidents réjouissants, de rythmes saccadés et d’espaces sidéraux… Son animalité et son langage, du type grommelot, la situe clairement à un stade antérieur de notre espèce humaine…

La voici donc profondément décalée dans notre monde normalisé et policé, ce qui l’autorise à un jeu interactif avec le public à la fois profondément naïf et délicieusement provocateur !
Ce spectacle nous montre la rencontre de deux personnages sur un banc public. Choc de deux mondes, choc des allures et des cultures ! D’un côté, le cadre d’entreprise, gagneur et trader moderne, attaché par deux liens : ses deux téléphones mobiles, le professionnel (son patron) et le privé (sa femme). De l’autre, Colette Gomette, curieuse, observatrice, maladroite, envahissante, qui va perturber la vie de cet homme, jusqu’à la catastrophe ! Ce faisant, et sans le vouloir, elle va le libérer de ses liens à l’avoir et redonner vie à son être !
Dans la lignée des grands duos
Les deux acteurs nous offre un magnifique duo, dans la lignée des grands duos fondés sur des polarités opposées, comme ceux du Roi et de son Fou, du Clown blanc et de l’Auguste, ou ceux du cinéma burlesque. Nous y retrouvons le rapport contradictoire et complémentaire de la norme dominante et de la transgression, de la suffisance et de l’insuffisance, du rejet et de l'attachement… Duo classique donc mais reposant sur une forme innovante.
C’est d’abord une vraie chorégraphie. Colette Gomette envahit l’espace du banc public et de ses alentours, comme espace de danse et de tensions. L’écriture gestuelle et le rapport corporel homme-femme sont pleins de surprises et de rebondissements.

 

C’est aussi une vraie dramaturgie. La rencontre improbable de ces personnages devient une histoire à suspens où le pouvoir de nuisance – involontaire - de la clowne met à l’épreuve le blindage, la cohérence, les résistances du cadre formaté. Saisira-t-il dans sa chute douloureuse l’occasion d’une "libération" inespérée ? Et chacun des protagonistes en sortira-t-il transformé ? Un peu comme au "Guignol", le public se régale devant le travail de sape que la naïveté et la vitalité de Colette Gomette engendrent sur celui qui représente les valeurs dominantes et mortifères de la société "libérale" avide d’argent.
C’est cet enjeu de la rencontre comme chance de transformation qui gagnerait à être encore plus poussé, aussi bien du côté du cadre que de la clowne. Il y trouverait encore plus d'humanité. Quant à Colette Gomette, elle y gagnerait un accès plus créatif au langage verbal, et donc un autre espace de jeu. En effet, on la voit peu à peu s'ouvrir à la langue et, comme l'enfant, elle pourrait développer son pouvoir poétique et un langage symbolique qui, comme le dit Ricœur "fait appel au langage jaillissant, donc le plus concret."

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Vu sur Scène : La chanson d’Arla
de et par Caroline Sourget, sous la direction de Nathalie Bernard
Un solo poético-clownesque qui questionne la vie à deux et rit de nos petits travers excentriques d’hommes et de femmes en quête d’amour. Interview de Caroline Sourget et Nathalie Bernard par Michaëlla Gallozzi
 
L’écriture du texte
A l’origine, un texte écrit par bribes durant les 4 années où Caroline fait ses premiers stages de clown.

La rencontre
Leur rencontre a lieu à l’hôpital de Laval où Nathalie présente un spectacle clown.
En 2007, Nathalie fait travailler Caroline sur le thème de la rencontre en impro clown. A cette occasion, elles se rendent compte qu’elles sont sur la même longueur d’ondes."Nous nous sommes découvert une sensibilité commune."

La préparation du spectacle
En 2007, elles travaillent à partir d’improvisations puis autour de mots du texte comme : couple, homme… Comment le clown peut-il s’emparer des mots, de leurs résonances, de leur poids ? Comment la clowne va-t-elle étirer le mot mariage ? Comment mettre en relief ce que ça induit ? Puis elles travaillent en impro sur des morceaux de texte. Après 2 ans de jachère, elles reprennent les répétitions en décembre 2010. Durant ce temps, Caroline travaille des morceaux du texte avec d’autres personnes et d’autres médias, comme le chant, la marionnette. Caroline : Ca mûrissait en moi, je n’avais pas l’impression d’abandonner ce spectacle. J’avais envie de tester ma liberté. Je me sentais prête à faire un grand saut dans le vide. J’ai fait quelques représentations en me questionnant : nez ? pas de nez ? Au bout de 2 ans, j’ai eu l’impression de sortir d’hibernation. Ensuite, tout s’est passé très vite, avec deux répétitions au Théo théâtre. Puis, il y a eu le choix du canapé qui est un vrai partenaire.


Le clown pour elles
Nathalie : Le clown permet une approche émotionnelle, il permet de laisser émerger les émotions puis de les mettre à distance.
Quand je travaille, je ne cherche pas à faire rire, mais comment je vais toucher le public. Je ne cherche pas non plus un personnage. Le clown a une spontanéité proche de l’enfant avec une dimension mentale. Il a un regard dépouillé, sans jugement sur lui, sur le monde. C'est tenter de voir la réalité avec d'autres yeux. La bonté, la spontanéité, la générosité le caractérisent. Il suit la trajectoire du cœur. Il permet de se découvrir sous d’autres angles car le clown peut dire des choses dures cependant il n’est jamais dans la méchanceté.
Caroline : C’est un art complet, tu creuses un chemin et tu ne sais pas où il mène.
N : C’est une découverte perpétuelle.
C : J’ai du mal à mettre des mots, je ne veux pas l’enfermer.
N : C’est un état d’être.
C : En même temps, il y a des règles.
N : Il a de la liberté, il reste fidèle à lui-même mais ce qui est intéressant,
c’est comment il va réagir aux règles. Il est une survie à être soi.
C : Il capte tout, il est vivant.
N : Tous ses sens sont aiguisés, il est hyper vivant, surprenant, ça nous dépasse.

Prochaines
représentations :

"La Chanson d'Arla"
Vendredi
3 février 2012
à 20h30 au "Zik Zac"
à La Teste de Buch,
près de Bordeaux.
Le spectacle
Il s’agit de ramener le texte à l’instant présent, de le vivre au présent pour lui garder sa fraîcheur.
C : Je ne cherche pas à reproduire. Je me détache pour être là à chaque représentation. Je trouve ma liberté d’être là avec les gens, et du coup je m’amuse, je me sens libre. N : S’autoriser à dire, à faire, et s’interroger sur : est-ce que c’est du clown ? Il y a un temps d’intégration nécessaire où tu t’attaches à la structure, et puis chaque soir, c’est une nouveauté. Ce spectacle mis en scène par une femme et joué par une femme aborde, selon elles, un thème universel : le couple et la difficulté de rester aimant dans la quotidienneté.
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Rencontre : Devenir clown à l'hôpital
 
 
Les "clowns hospitaliers" fleurissent dans de nombreux pays. En intervenant dans les établissements de soin, ces artistes ont pour but d'aller à la rencontre de l'autre pour lui permettre d'être acteur, dans l'interaction du JEU... Jouer, c'est alors retrouver la pétillante ou l'insouciance de l'enfant. On joue, c'est tout ! Ca stimule la "vivancia", notre partie de vie qui parfois, devant la maladie, s'effiloche, s'étiole, se raréfie. L'arrivée d'un(e) clown(e) remet la machine en route... que ce soit par le rire, le sourire ou même l'agacement, car la "rouspétance" peut être un des premiers remparts, vite fendillé. Rencontre avec des passionnés du nez rouge : deux “amateurs” membres des Nez Nets (Nîmes) et deux “professionnels” travaillant à Théodora France et à Docteur clown au Québec. Myriam Andréoletti
 
 
Les Nez nets (Nîmes) De l'hôpital à la scène
Rencontre avec Nathalie Marchal (co-fondatrice et clowne), et Jean-Luc Grangier (clown)
Par Myriam Andreoletti
 
Discussion à bâton rompu , après un spectacle drôlissime où les clowns de l'association les Nez Nets rencontraient sur le plateau d'un théâtre nîmois des acteurs lors d'un match-impro. Toute la dimension du clown - naïf, perturbateur, mauvais joueur, charmeur, gouailleur, excessif, émotif… (et j'en passe !) - atteignait son apogée ! Pourtant, cela ne fait pas partie - à priori- des objectifs de cette association ... quoique ! Cette association a été crée en 2000, par un groupe de femmes (les nénettes !) mais vite rejoint par la gente masculine, dans le but d'intervenir en clown auprès d'enfants malades au CHU de Nîmes. Aujourd'hui, 11 ans après, ils sont une dizaine de bénévoles issus du milieu social (éducateurs, secrétaire, professeurs des écoles, etc.). Leur objectif : apporter le monde extérieur à l'hôpital, accompagner les enfants et leur famille dans cette épreuve de vie, amener du ludique, du symbolique et de la subtilité.
Le soin relationnel par la voie du clown

"Nous ne sommes pas là pour faire un spectacle, ni pour faire le clown... mais plutôt pour être clown, être dans une présence à l'autre, grâce au clown. Parfois, nous rencontrons des enfants qui n'ont pas la maîtrise du langage verbal, mais nous entrons en contact par la présence non-verbale. Le clown est bien le maître de la communication non-verbale. L'important est d'être à l'écoute, disponible à ce qui vient au moment présent."
Une fois par semaine ils se réunissent et font un training clown. Surtout en duo. Chacun amène son savoir-faire, en danse, en voix, en théâtre… Chacun, avec sa richesse et à tour de rôle, mène l'atelier. "C'est un moment de lien pour le groupe, dit Nathalie, on peut éventuellement raconter ce qui s'est passé à l'hôpital, mais aussi parler de l'organisation, des projets; les décisions se prennent ensemble. Parfois, on échange sur notre pratique et notre ressenti."

L'association intervient auprès des enfants de tout âge. Pourtant, parfois, le personnel pense que ce n'est pas la peine que les clowns visitent les adolescents.
Il croit qu'ils n'ont pas envie de voir les clowns, qu'ils ne veulent pas se sentir infantilisés ; Or, la plupart du temps, ça se passe bien avec eux. "Il y a une manière de rentrer en contact avec les ados.
Si nous sommes vraiment dans l'écoute, la relation, et non dans la production d'un spectacle ou d'un sketch, dans une authenticité, alors la relation peut s'établir. Même si les ados adorent se moquer du clown et sont dans la provocation verbale, une autre relation émerge... Ensuite ils sont ravis d'avoir pu parler, se confier parfois."
"Ces dernières années, beaucoup de personnes ont contacté l'association pour faire partie de l'équipe. Il s'agit alors de faire découvrir à ces personnes la complexité du clown à l'hôpital, souligne Jean-Luc, qu'il s'agit d'un engagement réel de la personne sur le long terme, d'un travail de formation de clown à développer ainsi qu'un travail théâtral d'improvisation, et d'un état d'être et que tout cela prend du temps ! "

"Très souvent, les personnes qui nous rencontrent n'ont pas idée de ce que c'est que d'être clown à l'hôpital. Elles tombent de haut quand elles ont fait une expérience et ont vu que cela ne marchait pas, qu'elles se sentaient à côté. Elles voulaient faire du bien mais ne savaient pas comment. Elles ont à découvrir qu'il s'agit d'être dans une relation et non de faire le clown pour distraire les enfants malades.”

Se ressourcer à l'extérieur de l'hôpital

Etre bénévole cela veut dire, aussi, se réserver de la disponibilité, "Il n'y a que 24h dans une journée, et ça nous prend un temps fou de travailler ! C'est énervant ! En plus on aime diversifier un peu notre activité. Pour se ressourcer à l'extérieur de l'hôpital, nous aimons aussi monter sur scène... d'où les rencontres de match-impro, des interventions impromptues de clowns lors de festivals de théâtre, ou des colloques ; rien de tel qu'un lâcher de clowns pour se booster, pour ne pas s'endormir. En 10 ans, nous avons fait notre chemin, nous sommes connus et reconnus maintenant. On nous appelle parfois pour intervenir dans une maison de retraite, ou auprès de jeunes de hip hop dans un quartier (on a fait clown hip hop !) et deux d'entre nous ont monté un spectacle de clown " La vie rêvée de nous ". Mais ce n'est pas notre but, on tient à notre objectif de clown à l'hôpital."

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Les Docteurs Rêves (Théodora France) Jouer avec l'enfant
 
Rencontre avec Xavier Huneau (Docteur Ficelle), responsable de la formation à la Fondation Theodora France.
Par Myriam Andréoletti.
 

La Fondation Théodora est née en Suisse en 1993 à l'initiative de deux frères, André et Jan Poulie, en mémoire de leur mère, Théodora. Aujourd'hui la fondation regroupe148 "docteurs Rêves" qui travaillent dans 8 pays (la Suisse, la Biélorussie, l'Angleterre, la Chine, l'Italie, la Turquie, l'Espagne et la France depuis octobre 2000) et 120 hôpitaux. En France, l'association Théodora intervient dans une douzaine de services de médecine pédiatrique. Actuellement ils sont 19 clowns, tous professionnels, et 3 dans l'équipe administrative "France". Cette dernière coordonne le travail, fait les démarches auprès des hôpitaux, recherche des fonds... Aucune subvention n'est demandée. C'est une volonté de la Fondation, afin de sauvegarder une totale indépendance. Elle s'adresse alors à des entreprises, au mécénat, aux dons de particuliers, car les hôpitaux ne financent pas les interventions des clowns.

La rencontre avec Xavier Huneau fut chaleureuse, dans un bruyant café de Paris. Nous avions déjà eu l'occasion de nous rencontrer sur le chemin du clown. L'œil vif, la générosité à fleur de peau, il aime parler de son métier. Il est entré à Théodora en 2001.
"A cette époque, je venais d'arriver sur Paris pour suivre une formation de comédien. J'ai participé à une audition puis j'ai été formé en clown et recruté. C'était un formateur suisse qui venait en France pour superviser la formation de clown à l'hôpital. Aujourd'hui, je suis toujours clown à l'hôpital mais également responsable de la formation. C'est essentiel dans notre travail. Il y a la partie théorique (l'enfant malade, la douleur, la maladie, l'hygiène) et la pratique du clown, la recherche du personnage, le clown à l'hôpital, qui est bien différent du clown en spectacle. Le personnage que nous utilisons à Théodora est exclusivement pour la fondation."

En effet, à Théodora, Xavier est "Docteur Ficelle" et à l'extérieur "Azor". Les acteurs-clowns sont formés, habillés , salariés par la fondation. Il y a des règles communes, une charte et un code de conduite, bref une éthique. Xavier , en tant que responsable de la formation, met en place les programmes de formation dans l'année et travaille sur le contenu.

Recrutement et positionnement

"La formation continue et les supervisions nous paraissent essentielles dans notre démarche. Dès le recrutement, nous nous attachons aux qualités humaines des postulants d'abord, puis à leur compétence de clown. Mais autant on peut apprendre dans le domaine du clown, autant c'est bien plus difficile d'apprendre les relations humaines, l'écoute, la générosité !"
La sélection est très pointue. Beaucoup de demandes spontanées. et peu d'élus. Lors de l'audition, dit-il, il s'agit de déceler la présence du clown puis la qualité d'improvisation, avec rien, que va t il se passer ? Comment l'acteur derrière le nez se révèle-t-il ?
Théodora encadre et accompagne avec beaucoup d'attention les nouveaux. Des moments de retour, des supervisions avec un psychologue, des journées de formation, des temps d'observation à l'hôpital avec d'autres clowns sont proposés avant les 12 premières visites accompagnées de deux clowns expérimentés.
"Nous intervenons toujours en binôme dans un service, mais un seul auprès de l'enfant, dans la chambre. Sinon, c'est compliqué pour la relation. On privilégie le solo pour privilégier justement la relation avec l'enfant, et pas uniquement le jeu entre deux clowns. Le duo, c'est le clown et l'enfant. L'improvisation, nous semble-t-il, sera de meilleure qualité, ira plus loin dans l'imaginaire, la présence au jeu. Ce n'est pas un spectacle pour l'enfant, c'est une relation avec lui. Pour nous, le regard, la présence, savoir se poser, c'est important ; ne pas être trop dans la production, cela risquerait de parasiter la relation. L'enfant est acteur, et non spectateur. On prend aussi en compte les parents, le personnel hospitalier, on intègre dans l'improvisation toutes les personnes. En clown, on transforme, on utilise les évènements extérieurs pour en faire du jeu et de la relation.
C'est peut-être thérapeutique, mais nous, nous ne faisons pas une démarche thérapeutique. C'est vraiment pour le plaisir, amener l'enfant à déconnecter de son contexte, ne serait-ce qu'un instant. S'évader, oublier qu'il est malade, dans un hôpital. Il est toujours un enfant, il aime jouer. Le clown est là pour jouer avec lui. Pour les parents, c'est un peu d'air frais qui arrive de l'extérieur, un peu de légèreté, ça leur permet de souffler.
Théodora a sa façon de travailler ; nous avons un positionnement extrêmement clair : on n'intervient pas lorsqu'il y a un soin. On n'associe pas clown et soin. Le danger serait d'être utilisé comme "pitre", au moment du soin, pour détourner l'attention de l'enfant malade. Ce n'est pas notre but."

Etre à la juste distance

Nous avons échangé sur la place du clown à l'hôpital. Comment peut-il être dans une autre posture que le jeu uniquement ? Xavier était d'accord sur la dimension empathique du clown avec l'enfant, sa fonction de miroir aussi. Le clown peut parler de la maladie de l'enfant si celui-ci signifie clairement qu'il veut en parler. Le clown écoute et renvoie. C'est bien le clown-personnage et non la personne derrière le masque. Cela arrive parfois que l'enfant aborde le sujet de la mort.
"Ce que nous recevons de l'enfant, des parents, du personnel hospitalier, est très divers : parfois de belles paroles, des sourires, des rires, parfois même des pleurs. Et c'est beau lorsque l'on sent que là, les parents peuvent se le permettre. Ils ne s'autorisaient pas à le faire avant, dans leur famille, auprès des infirmières ou des médecins, mais là, avec le clown, c'est possible. Ils peuvent pleurer ou parler... C'est tellement touchant. C'est magique, cette relation entre le clown et la personne. Il y a une confiance qui s'instaure là, un "possible". On peut aller très loin dans la relation. Il y a des degrés d'intensité de jeu, de profondeur humaine. On peut être dans un jeu très intense avec l'enfant, qui a une énergie incroyable ce jour-là, et avoir des parents complètement effondres, déchirés… Il faut respecter cela. Etre à l'écoute des deux, trouver une justesse. Etre à la juste distance."

Xavier souligne combien il est important de mettre en place des supervisions, afin d'accompagner la personne qui est en clown face à une situation difficile, émouvante, déchirante. Cet encadrement est essentiel. Il se fait chaque trimestre ou bien à la demande lorsqu'il y a une urgence. Les docteurs Rêve font entre 4 et 6 visites dans le mois. Il s'agit de ne pas être fatigué, lessivé, mais au contraire d'être toujours prêt à donner le meilleur de soi-même en jeu. La plus âgées des clownes a arrêté à 76 ans !!

Alors, c'est un beau métier ?
"Oui, un très beau métier, même après 10 ans ! Chaque fois, c'est une nouvelle découverte. Souvent, on me dit : "C'est beau, qu'est-ce que vous devez donner !". Oui, mais aussi qu'est-ce qu'on reçoit !".

Contact : Association Théodora (Paris) contact.france@theodora.org
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Docteur Clown (Québec) Un métier à contre-temps
Rencontre avec Anik Farley (Docteur Pécadille) Par Claire Oudart
 
J'ai rencontrée Anik Farley à Montréal où elle se réunissait avec l'équipe de direction de Dr Clown du Québec. Pour entrer dans ce travail de clown d'hôpital, il faut avoir fait la formation de clown avec Francine Côté*, Elle a aussi travaillé avec le Bataclown, Christine Rossignol du Hangar des Mines, Wellington de l'Association Clown Thérapeute du Canada, Mikael Christensen du Big Apple Circus de New York... Tout au long de son parcours, elle a pratiqué le théâtre d'intervention, la danse et l'acrobatie...
* Francine Côté a fait carrière au cirque sous le nom d'Adrénaline et dirige une école de clowns au Québec.
 

Comment as-tu trouvé le clown sur ton chemin ?

"Est-ce que j'ai trouvé le clown ou est-ce le clown qui m'a trouvé? Là est la question ! En fait, depuis ma plus tendre enfance, l'humour est une soupape pour mes tensions de timidité. L'absurde et le rire m'ont toujours contaminé. Je l'utilisais moi-même à l'école, ce qui faisait que j'étais souvent collée au pied du professeur. J'ai fait quelques cours de théâtre mais c'est surtout dans mon travail de monitrice de terrain de jeux que j'ai commencé à utiliser le nez rouge et à animer des groupes d'enfants. J'ai toujours aimé quand quelque chose sort de l'ordinaire, change le quotidien. Je me suis même faite renvoyer d'un emploi parce que j'avais mis un nez de clown...
J'ai travaillé avec de jeunes adultes en réinsertion sociale. J'utilisais beaucoup l'art comme façon de travailler pour sortir les émotions. J'ai aussi fait du théâtre d'intervention sociale dans un organisme pour les jeunes en toxicomanie. Une collègue a pensé que ma place serait d'être clown dans les hôpitaux. J'avais vu le film de Patch Adams et c'était un rêve pour moi de faire cela. J'ai été mise en contact avec Docteur Clown. J'ai commencé à faire des formations au niveau du clown. Je me suis donnée comme objectif de devenir une clowne sociale, relationnelle, une clowne qui a un apport thérapeutique. Mon besoin d'aider est très fort et j'ai un besoin artistique très fort. Je me suis dit que, si je voulais être heureuse, j'allais devoir combiner les deux !"


Et puis il y a eu la mise sur pied de "Clown à Cœur"?

"Oui, le projet de Clown à Cœur est né de la rencontre avec Nathalie Côté. Je lui ai téléphoné, lui ai fait part de mes projets, le jour même de sa fête. Pour elle, c'était comme un cadeau du ciel. On s'est rencontrée, on a "jasé", on avait deux visions différentes mais le même objectif. J'étais conseillère en emploi et je connaissais toutes les subventions qu'on pouvait chercher pour démarrer le projet. On a donc créé Clown à Cœur et, en janvier 2006, on démarrait dans les hôpitaux. On a travaillé jusqu'à septembre 2007 où Docteur Clown est venu nous chercher pour devenir Docteur Clown dans la ville de Québec.
Mes compétences en direction m'ont permis de démarrer mon entreprise. Mais mon but était de faire du clown dans les hôpitaux. C'est un monde merveilleux, sans fin. C'est tellement fort pour moi que je veux propager la bonne nouvelle, pour que d'autres artistes désirent faire ce travail-là. J'ai pour mission de continuer à développer le clown d'intervention dans les hôpitaux et les centres d'hébergement."

Tu as donc aussi un intérêt pour la formation des clowns d'intervention?

"Au Québec, il n'y a pas vraiment de formation dans ce milieu et j'ai un désir d'offrir cela aux gens. C'est tellement un métier valorisant, proche de l'humain, à contre-temps, à contre-époque dans notre société très rapide. Le clown permet la lenteur, il permet un autre regard, cette rencontre privilégiée avec l'autre qui est au niveau du senti, de l'émotion.
Ce mode de contact se perd de plus en plus dans la rapidité de ce monde. Au cirque ou dans un spectacle, le focus c'est le clown alors que, dans le clown relationnel, le focus c'est la personne qu'on rencontre. C'est elle que je veux mettre en valeur. Le clown ne sait pas où il va mais c'est de la rencontre que vient le jeu. "

Peux-tu nous dire comment tu te prépares avant d'aller intervenir à l'hôpital?

"Nous intervenons toujours en duo. Avec le partenaire, de plus en plus, nous développons un rituel avec chaque clown pour voir comment on peut mettre le nez et changer notre lumière. Se regarder dans les yeux, se séparer et se retrouver en clown ou chanter une chanson ensemble. Cela dépend du partenaire, de la relation, de l'état de ici et maintenant. On va se dire comment on se sent, on avertit si on est plus vulnérable ou plus fragile ce jour-là. Plus l'intervenant a de bagages, plus il a une compréhension du monde, plus il se connaît, avec aussi ses zones d'ombre et peut jouer avec cela, plus il va intervenir de façon délicate, moins naïve!"

Encore que naïf, il le reste !

"Oui, l'acteur est moins naïf mais le clown l'est ! J'aimerais aussi rajouter que la vision du clown au Québec est très américanisée : le clown américain avec des perruques, beaucoup de maquillage et des costumes flamboyants. Nous nous basons sur la simplicité du clown, plus européen. Cela est difficile à faire comprendre aux gens. Nous ne voulons pas un clown grossier. Il faut amener cette forme différente d'Europe vers nous, cette ouverture. C'est notre responsabilité de démontrer qu'il y a autre chose que le clown qu'on dit "balloon". C'est à nous de faire la promotion d'un autre clown."

Contact : drpecadille@drclown.ca
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"Tranches de spectacles" au Festival des "30 ans du Bataclown" * par Claire Oudart
 
Le thème qui a parcouru tout ce grand WE des 28 et 29 août 2010 fut "tranches de spectacles" !
Souvenirs de quelques-unes de ces tranches dégustées sous un beau chapiteau multicolore.

"Gérard et moi", de Pascale Pistorio, (Pilipone). J'ai adoré, d'autant plus que j'ai pu suivre des étapes de ce travail dans le stage "clown et création" du Bataclown.
"Les Clowndestins", de Monique Huet et Nathalie Aranda
( Cie Les doigts dans le nez). Un duo de clownes décoiffant !
"Comme un cheveu sur la soupe" de Myriam Andreoletti
(Les Piqués du nez). Le public est pris pour des sous-alimentés... mais c'est pas vrai et j'ai eu envie que cette conscience apparaisse pour la clowne.
"En cœur et toujours" de Mimi Lou Duuez
(Les Karamazones). Hilarant ! J'aime les tuyaux et, là, j'ai été servie avec son exposé sur le comment ça marche dedans, démonstration des plus clownvaincantes !

Jean Barbaroux (Cie Détourmend'fond) dans "AC/Déchets") aux 30 ans du Bataclown (août 2010)
 
"Le Récital" de Bertil Sylvander (Bataclown). Un délice ! Plaisir de connaître de mieux en mieux Basile et les subtilités de son histoire rocambolesque.
"Objets inanimés..." d'Annie Levy
(Calamity). Elle m'a emmenée où j'aime aller, avec les objets qui vivent, la bousculent et nous donnent l'impression qu'il y a plein de beau monde sur scène. J'en suis restée baba !
"AC-Déchets" de Jean Barbaroux
(Cie Détourmend'fond). Un univers plus réaliste qui m'a plongée dans notre folie de consommation, avec cette manière naïve de faire avec les contresens de notre société qui veut gérer les déchets et qui nous enferme !
"Inès Raout dans Pénélope et vice versa" de Geneviève Arnaud
(Cie Monnaie de singe). Elle a suscité mon admiration par la perfection de son jeu d'actrice clowne. Le thème de l'attente de l'amoureux y est central et l'audace du propos du spectacle (ne rien faire que d'attendre) est à la fois délicieuse et prenante.
 
* voir les échos et les photos sur www.bataclown.com/30 ans
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Otto Didakt - Le journal de ma vie - Vienne, ce Jeudi 8 juin 1933 -
   
Ce matin, je me suis réveillé. Plus exactement, mes ondes alpha se sont accélérées, ma température basale est remontée, et je suis arrivé à l’état de conscience. J’ai actionné mes grands droits et mes deltoïdes de manière à incliner sur leur face antéro-postérieure mes grands obliques droits et mes grands dentelés droits, tout en relâchant mon grand dorsal gauche et le sterno-cleido-mastoïdien gauche. Sous cette action coordonnée, ma ceinture scapulaire a pu pivoter et j’ai ainsi pu effectuer une torsion du buste sur ma droite.
Je me suis alors retrouvé en décubitus latéral sur le bord de mon lit. J’ai actionné mes mandibules et contracté mon temporale et mon masséter, contracté mes pulmonaires et aspiré de l’air. Puis, j’ai basculé en position fœtale et me suis retrouvé, sur mes appuis pédestres et manuels, sur le carrelage de ma chambre. J’ai à ce moment-là actionné mes grands dorsaux et relâché mes grands droits, pour me retrouver debout.
Ensuite, je suis allé prendre mon petit déjeuner. Une nouvelle journée s’annonce !
Aujourd’hui, je crois que vais laisser tomber cet ouvrage de mon excellent collègue, le professeur Baranavoski sur l’anatomie et la physiologie humaines.
Il m’a gâché ma matinée et, maintenant, cela suffit.
Je vais me mettre à lire le petit traité de digestion par le professeur Smiley.
J’espère que cela va simplifier mon transit.
 


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