Culture Clown - Revue éditée par le CRCC - La Robin, 32220 Lombez - 05 62 62 46 78  
 
La revue qui déguste la vie des clowns
 
Ci-dessous des extraits du Bouillon actuel, le n°19
 
> version papier = 8 à 12 pages d'actualité clownesque ! commander CultureClown N°19
 
 
 
 
Rencontre > Abel et Gordon
  Clowns de la scène à l’écran - par Claire Oudart
 
> Entretien
avec Dominique Abel - par Claire Oudart
 
 
Bonus au dossier
"Clowns à la rue !"
> Des clowns dans un quartier en démolition
Globe Théâtre à Barcelone - Par Béatrice Forêt
 
> Clowns, bouffons, bonimenteurs de tous les pays, unissez –vous ! - Par Françoise Dano (Atout Clowns)
 
> Le petit passeport rond rouge pour abolir les frontières
Par Solange Hutmacher (alias Lulu) (Cie des Fileurs de Rêves)
 
> Visite d'un terrain d'aventure - Par Florence Godoy
(Cie Fil rouge)
 
 
Vu sur Scène
Au Festival d'Avignon Off
Nhân et Duong, clowns du Vietnam
Tout en efficacité et simplicité -
Par Bertil Sylvander
   
   
 
Vu sur Scène
Au Festiclown de Bretagne
Un programme ambitieux, une équipe d'enfer
Par Bertil Sylvander
   
 
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Le Journal de ma vie - par le savant fou Otto Didakt
 
   
 

MENUS

LE BOUILLON ACTUEL : N°19

Rencontre : > Abel et Gordon
> entretien

Bonus au dossier "Clowns à la rue!" :
> Des clowns dans un quartier en démolition
> Clowns, bouffons, bonimenteurs de tous les pays, unissez –vous !
> Le petit passeport rond rouge pour abolir les frontières
> Visite d'un terrain d'aventure

Vu sur scène : > Nhân et Duong, clowns du Vietnam

Vu sur scène : > Un programme ambitieux, une équipe d'enfer !

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Le journal d’Otto Didakt

L’ACTU-CLOWN

 
 
 

Lu dans le journal Le Monde :
"Le clown explose. Ce petit prince du rire, ce simplet monstrueux recrute. Les spectacles créés, les formations dispensées à des amateurs ou des professionnels sont en augmentation. Plusieurs festivals ou programmations spéciales sont à l'affiche… "Plus la société est perdue, plus ce personnage naïf, hors du temps, qui donne pourtant du sens, revient comme une bombe", commente André Riot-Sarcey, metteur en scène des Nouveaux Nez.
Le clown a désormais ses lieux d'apprentissage, ses scènes, sous chapiteaux ou dans les théâtres, ses publications, comme Culture clown, lancée par le collectif du Bataclown…"
(Catherine Bédarida,
Le Monde, 11/12/2003)

 
 
 
 
 
Rencontre : Abel et Gordon
Clowns de la scène à l’écran - par Claire Oudart
     
Dominique Abel et Fiona Gordon
Ils sont tous les deux nés en 1957, lui en Belgique et elle en Australie. Ils se rencontrent à l’Ecole Jacques Lecoq à Paris et vont former un duo comique indissociable. Installés à Bruxelles, ils créent ensemble les quatre spectacles - La danse des poules (photo ci-contre), L’évasion, Poison et Histoires sans gravité - qui vont assurer leur notoriété internationale. Inspirés par les clowns du cinéma burlesque (Charlie Chaplin, Peter Sellers, Laurel et Hardy,…) le duo, en collaboration avec Bruno Romy, réussit à transposer dans ses courts et longs métrages son humour absurde et décalé, basé sur une chorégraphie très précise des gestes et des attitudes.
En 2005, le trio réalise "L’Iceberg", sélectionné dans plusieurs festivals internationaux où il remporte de nombreux prix. En 2008, ils réalisent "Rumba" qui raconte la passion de deux instituteurs de campagne pour la danse latino. Signé par le même trio, "La Fée" a été présentée en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2011.
 
 
De l'humain sous le gag

J'ai rencontré Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy à la fin du "podium" qu'ils tenaient lors du Festival du film français d'Hélvétie à Bienne en Suisse, en septembre 2011, où le trio présentait leur dernier film "La Fée".

Durant ce podium, j'ai vraiment aimé les entendre valoriser l'improvisation, le temps qu'il faut se donner et prendre pour réaliser un projet, le travail du clown qui décale et révèle... Dominique parle de leurs improvisations à trois, comme des enfants avec des lunettes et des chapeaux, en train de faire tous les personnages avec des moyens pauvres, ce qui est important par rapport à l'imaginaire et la créativité. Leur matière est ainsi trouvée car tout est filmé. Leur processus de création dure un an et demi, et c'est la partie improvisée qui nourrit leur style.

Bruno souligne l'esprit de troupe qu'ils avaient dans le spectacle vivant et qu'ils tiennent à garder, se définissant comme une troupe de cinéma. Pour Fionna, ils sont les petits cousins de Jacques Tati ou Pierre Etaix. Ils font des spectacles visuels et leur expérience de la scène leur permet de jouer dans le même style au cinéma.
Dominique indique que leur langage est comme un iceberg avec la partie claire et émergente qu'on voit avec la parole, et toute la partie cachée, bien plus grande, du corps plus sensuel qui touche les cœurs et ne passe pas par les décodeurs. Il ajoute que le cinéma a commencé avec du burlesque, du clownesque et un style hyper physique et rigolo. Ensuite, ce style a disparu, tout est devenu très naturaliste.

Fionna ajoute que si on court de gag en gag, on les utilise et les jette. Tandis que, pour eux, le bonheur c'est l'humain qui est sous ces gags. Pour qu'il soit là, il faut prendre du temps pour bâtir les relations, les situations, sentir qu'il y a de l'humain, pas juste un rire vide. Ils souhaitent que le public s'identifie à eux, se reconnaisse à travers eux. Ils ne jouent pas des personnages, ce sont eux avec leur corps, leurs maladresses, sans parodie. Le public sait que c'est faux mais cela fait partie de cette naïveté qu'ils ont et qui sont dans leurs "effets spéciaux". Ils veulent que l'image soit fabriquée artisanalement au tournage.

J'ai profité de cette occasion pour leur offrir le dernier numéro de la revue Culture Clown et leur proposer de les interviewer. Dominique Abel m'a répondu par téléphone, juste avant de partir en tournée internationale pour leur film.

 
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Le spectacle "La danse des poules"
 
Le film "La fée"
 
 
 
 
 
> Entretien avec Dominique Abel - par Claire Oudart
 
"Le même parcours que les pionniers du cinéma…"
 
Tu as fait de la rue à tes débuts, c'était en clown ?

Non, j'ai commencé à faire un stage de mime en Belgique, avec un japonais qui s'appelle Fujio Ishimar. Cela m'a plu et j'ai fait de la rue. Je n'étais pas extraordinaire du tout mais j'avais des sensations physiques intenses, de liberté d'arrêter les gens et de leur proposer un truc... J'ai senti qu'il y avait un grand bonheur pour moi et qu'il fallait que j'aille plus loin. Je ne voulais pas rester dans le domaine du mime parce que j'ai senti assez vite que c'est un code figé. J'ai été plus vite aspiré par les clowns, tous les gens qui ont de l'humour et qui se permettent de parler aussi. Plus par les clowns du cinéma que par les clowns du théâtre, dans le sens que parfois ils sont plus proches de la vie que les clowns de théâtre. Un clown qui passe au cirque ou au théâtre, c'est un peu dangereux pour moi. On ne veut surtout pas que les gens imaginent que le clown c'est celui du Mac Donald. Ce ne sont pas la perruque et le nez rouge qui font le clown.

Et les débuts d'Abel et Gordon ?

A la fin de nos deux années à l'Ecole Lecoq, nous sommes allés habiter à Bruxelles parce que c'est plus facile sur le plan financier et qu'il y avait plein de place pour répéter. Pendant deux ans, on a fait plusieurs spectacles, joués à Bruxelles, Londres et au Canada. Et en 1984, on a créé "La danse des poules" qu'on a joué à peu près 2000 fois, suivi de trois autres pièces. Maintenant on ne fait plus de théâtre, seulement du cinéma.

Comment c'est de ne plus avoir un public comme au théâtre ?

Le contact est différé, c'est cela qui est compliqué dans le cinéma. En théâtre, nous disons toujours qu'il faut jouer 150 fois avant que cela commence à tenir la route, c'est-à-dire dire 150 fois des retours du public et des sensations qui font qu'on sait ce qu'il faut essayer, corriger, ce qui marche ou ne marche pas. Pour le rire, on sait que c'est super important. Cela change notre timing, notre construction, et on affine au fur et à mesure. En cinéma, une fois que c'est fait, c'est fait ! Alors, quand c'est bon, c'est bon pour toujours, et quand c'est mauvais, c'est mauvais pour toujours, contrairement au théâtre.
On ne peut pas tout à fait construire de la même manière. Au théâtre, on bâtit sur les rires, le rire qui est un temps physique, et puis on fait l'action suivante. Au cinéma, on peut pressentir mais très peu, car cela ne rira pas toujours et peut faire des temps morts.
Au cinéma, nous avons le même univers clownesque. On s'est fortement nourri de la scène, de l'univers épuré de la scène. La poésie, le sens des conventions de la scène, la pauvreté qu'il y a sur scène ont nourri notre création, notre manière d'écrire.

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Le centre de notre travail : l'improvisation


Vous faites une sorte d'hommage de la lenteur. Comment cela se passe au quotidien pour la création ?

En fait, pour atteindre le rire, on part de nous-mêmes, donc de nos corps,
de nos personnalités et de tout ce qui fait nos différences par rapport aux autres, et on met cela en jeu. Mais cela ne veut pas dire que l'on ne contrôle pas : on met en scène ce qu'on veut mettre en scène. C'est un travail de partir de sa propre maladresse et de la montrer aux autres, cela provoque un rire de compassion, d'identification. Si les gens rient, c'est une manière de dire "oui, on se reconnaît à travers vous".
Ce n'est pas un rire moqueur, ni de la parodie. Ça peut être beau, touchant. On part vraiment de la vie. Dans notre vie, on peut être touché par des choses, comme tout le monde je crois, nos oreilles sont peut-être un peu plus grandes ouvertes ! Nous le mettons en images, en histoires dans la partie écriture, en images dans la partie réalisation, et en rires puisqu'on est des clowns !

Dominique Abel

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suite de l'entretien

On préserve cette part de simplicité, de poésie, de
naïveté et, à la fois, on fait, sans le vouloir et sans nostalgie, le même parcours que les pionniers du cinéma qui venaient du courant des clowns, des burlesques de scène. Ils venaient avec tout un passé,
tout un vocabulaire qu'ils ont découvert sur scène,
tout un matériel comique qu'ils avaient derrière eux et qu'ils ont amené au cinéma. Si on pense à Chaplin, à Keaton, à Tati ou d'autres, le parcours a été celui-là.


Quel est votre regard sur le clown contemporain ?


Contemporain ou pas, un bon clown est toujours un bon clown. C'est un regard sur l'humanité, sur la différence, sur la beauté du côté non conventionnel, un regard qui exprime les gens qui sont en marge, qui ont des difficultés à trouver leur place, qui sont trop lents dans un monde trop rapide, un monde où il faut être performant. C'est ce côté humain-là qui représente peut-être les 80% de l'humanité. Notre temps de vie sur terre, les clowns le représentent avec la beauté de l'anticonformisme, la beauté des failles, des différences par rapport au canon de la beauté, par rapport au conventionnalisme.
 
 
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Le film "Rumba"

 

Dans votre processus de création, quelles différences y a-t-il pour vous entre le cinéma et la scène ?

Pendant presque 20 ans, nous avons fait de l'improvisation à la base de la création de théâtre, ce n'était pas vraiment de l'écriture. Et arrivant au cinéma, nous commençons par écrire un canevas et puis on passe à l'improvisation. Tout le monde ne fait pas cela au cinéma !
Pendant 3 ou 4 mois, cela dépend de l'écriture, et dès que l'on a un truc avec un début, un milieu et une fin, qui nous plaît, on passe à l'improvisation pendant vraiment plusieurs mois avant de filmer. Donc, l'improvisation nourrit encore ce qu'on fait mais c'est une histoire de base qui nous assure un fond touchant et solide avant de démarrer l'improvisation. L'improvisation est nécessaire et l'écriture n'est peut-être pas indispensable et on pourrait commencer par improviser comme on le faisait dans le passé. Maintenant, l'écriture est obligatoire car faire un film demande beaucoup d'argent, et il faut écrire des textes qui tiennent pour avoir l'argent !
Mais l'improvisation est le centre de notre travail. Avec 20 ans de scène derrière nous, on commence à savoir quel genre d'écriture est bonne pour l'improvisation, c'est à dire quand une séquence a un potentiel burlesque, un potentiel d'improvisation. On ne va pas plus loin d'ailleurs. Parfois dans l'écriture, on a une séquence qui se résume en 3 phrases, et on sait que dedans on va trouver des moments magiques. Après, il faut qu'on essaie. Toute la partie qui est habituelle en théâtre revient et va nourrir ce qu'on fait : le travail physique, presque chorégraphique où le rire ou le langage passent plus par le physique que par les mots. On essaie tout avec une caméra qui filme, et c'est aussi là qu'on trouve la manière de filmer, le découpage, le cadrage.

Êtes-vous engagé dans un processus pédagogique ?

Non. On l'a fait un petit peu mais la pédagogie est un effort, c'est un autre métier. Il faut prévoir des exercices et un trajet pédagogique pour arriver à quelque chose de valable sur la longueur et cela demande beaucoup de concentration, de préparation et de travail pour arriver à un résultat. En fait, tout notre temps est pris par nos propres créations et on ne peut pas faire plusieurs choses différentes.
On se disperserait trop.

Avez-vous des projets ?

On va commencer à écrire le prochain film, et puis on va jouer dans un long métrage de Michel Colliard. On ne joue jamais pour d' autres mais c'est un projet qui est particulier car c'est quelqu'un qui aime le burlesque et qui écrit une histoire pour nous.

 
 
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Bonus au dossier :
 
> Des clowns dans un quartier en démolition - Globe Théâtre à Barcelone - Par Béatrice Forêt
 
Depuis quelques années, Claude Dezothez et Cristine Auclère croisent leurs chemins professionnels et amicaux avec un couple de comédiens barcelonais, Adrian Rescini et Txell Martinez-Belafont, de la Compagnie de Théâtre de l’Opprimé et de clown La Xixa. Ils se sont rencontrés au Sénégal, à l’occasion d’un festival international de Théâtre-Forum. Ils ont ensuite organisé conjointement des stages de clown-théâtre animés par Claude, à Barcelone et Avignon, et ont voyagé ensemble en Argentine, notamment à la rencontre des Sans-Terre.
 
Le Barrio del Bon Pastor

Au printemps 2011, à l’issue d’une série d’ateliers réunissant des clowns espagnols et français débutants et confirmés, Adrian et Txell avaient décidé de faire une intervention hors du centre-ville où ils habitent, dans un quartier marginalisé du nord de la ville : le Barrio del Bon Pastor, considéré comme un quartier dur, très modeste, ancienne cité ouvrière habitée essentiellement par des populations gitanes sédentarisées. Adrian et Txell y viennent régulièrement animer des ateliers de Théâtre-Forum avec les jeunes.
Le quartier est en cours de "restructuration". Touché par un projet d’urbanisme, il est en cours de destruction : ses habitants sont progressivement relogés dans des tours, aux côtés de primo-arrivants, venus du Sénégal, du Pakistan, de Chine. Et nouveauté pour ce quartier considéré comme enclavé, le métro fera le lien avec le centre de Barcelone. Or, le Barrio est constitué de minuscules maisons de quelques mètres carrés, construites en dur, entretenues avec fierté par leurs habitants. Fleurs aux fenêtres, portes vernies, petites terrasses, jardinets de 3m2 signifient la vie et l’attachement à ce quartier en dépit de sa vétusté.
 
 
 
 
 

 

Mandarines

Sur les 18 clowns que compte le groupe, 10 ont accepté de participer à la sortie en tant que clowns, les 8 autres, en regard extérieur, jouant le rôle de “garants”. Claude avait préparé le groupe aux duos, et à la nécessité de rester connecté, de garder toujours conscience où sont les autres. "Il y a eu de très belles rencontres : avec les enfants, avec les adultes de tous âges, dans les rues, sur les marches et dans le hall d’un dispensaire médical, dans une cabine téléphonique, dans un petit café de 4m2…", raconte Claude. "J’avais envie de recueillir leur parole, qu’ils se confient à nos clowns", témoigne Cristine qui faisait partie du groupe des clowns. En tant qu’Adélaïde, elle a reçu un cadeau : dans un geste spontané, le chauffeur du camion poubelle qu’elle venait de saluer lui a offert des mandarines ! Elle les a partagées avec des habitants au seuil de leur maisonnette.
L’accueil des clowns par la population a été simple, fluide, parfois un peu méfiant, mais en grande majorité bienveillant. Un des clowns est entré dans un minuscule bar bondé. "A un moment, il est même passé derrière le bar, mais pas de souci avec cette transgression, comme s’il était normal qu’un clown ait tous les droits".
"Pour moi qui accompagnais, raconte Claude, les clowns m’ont révélé des moments de vie à travers des détails : par exemple, des clowns se sont regardés dans un morceau de miroir resté accroché à un mur en démolition : on aurait dit que la maison venait d’être abandonnée la veille".
De retour au siège de la compagnie, les clowns ont fait leur débriefing en venant sur scène évoquer un moment vécu. L’émotion étant à son comble, les improvisations ont été chaotiques. "Nous, acteurs clowns, étions frustrés de ne pas arriver à redonner l’intensité de la rencontre, la complexité des sentiments vécus", témoigne Cristine.
Voir dans le dossier de Culture Clown 19 l'article "Offrir un regard nouveau", rencontre avec Globe Théâtre (p32).
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> Clowns, bouffons, bonimenteurs de tous les pays, unissez –vous ! - Par Françoise Dano (Atout Clowns)
 
Cette délicate frontière avec ma clowne – La Franckie - je l’expérimente et la questionne souvent dans les interventions publiques que je suis amenée à faire avec l'association Atout Clowns dans le cadre de manifestations comme les Fêtes de la Transhumance dans l’Hérault, la Fête patrimoniale des Innocents à Aniane, l'inauguration du premier café associatif dans les Cévennes, l'ouverture de la quinzaine de la Solidarité internationale à Montpellier, etc.
Je prendrai cette dernière intervention qui se déroula le 12 novembre dernier place de la Comédie à Montpellier (un bel espace cerné par les galeries marchandes) pour essayer de faire comprendre quand je sens que le bouffon abandonne pour laisser surgir le clown.
 

Dans ce type de travail, je suis à la fois actrice-clowne mais aussi celle qui anime l’atelier clown où s’entraînent et se perfectionnent les adhérents.
Ce type d’intervention demande que j’écrive un squelette de conduite pour arriver à prendre en compte la thématique du cadre de l’intervention, ici la solidarité. J’invente une fable : les dieux, pour de multiples raisons que je raconte au public, ont quitté la terre et y ont laissé des bambous et des clowns, c’est le chaos.
Pour moi, ici, le rapport au public est de l’ordre du conteur mais aussi du bonimenteur qui cherche à ce que le public se stabilise devant l’estrade au lieu de courir aux soldes perpétuelles des boutiques. Une bouteille pleine, jetée d’on ne sait où, arrive sur le plateau. Je réagis :"Tiens ! Chouette des boissons gratuites !". Quelqu’un que je ne vois pas me crie "ta gueule !" et, là, le bouffon s’empare du plateau et dialogue avec le grossier personnage ! En le priant, avec le même registre de langue que celui qu’il a utilisé, de venir me le dire là, sur le plateau,
où je l’attends de pied ferme.

 
 
La Frankie (Françoise Dano)
Les autres clowns tentent de manipuler des bambous individuellement sur une musique de Laurie Anderson. Le jeu consiste à faire tenir les bambous sur le bout du doigt en se déplaçant ensemble dans l’espace .C’est très difficile et, immanquablement, ça rate, mais c’est déjà une avancée dans la relation entre les clowns : c’est le chaos organisé !
La Franckie, qui joue à Madame Loyale, trouve une solution pour que les clowns dansent ensemble. Elle les relie entre eux par deux bambous et les clowns dansent merveilleusement sur la polonaise d’ouverture d’Eugène Onéguine.
La "danse des bambous" étant un rituel de l'atelier, ce dispositif a le mérite d’être le parangon de la solidarité.
Peu à peu le public s’est arrêté. Des adolescents roumains, scotchés au bas du podium, ont retrouvé des sourires d’enfants et ont pu laisser un moment leur travail de mendiants.
Je dis une belle phrase de Françoise Dolto : "Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l'entraide et la solidarité, visant à un but commun, l'épanouissement de chacun dans le respect des différences." Et, tout à coup, je vois les gens qui s’en vont en grappe et c’est cet abandon ou plutôt la distorsion entre ce que je viens de dire - une belle utopie - et la réalité du public, qui me noue un peu les tripes et qui me balance dans le bide (l’échec). C’est cette émotion qui fait apparaître la clowne. La Franckie lance alors : "Restez ! Ne partez pas ! Nous détestons la solitude !"
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Contact : http://atoutclowns.fr/WordPress3/
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> Le petit passeport rond rouge pour abolir les frontières - Par Solange Hutmacher (alias Lulu) (Cie des Fileurs de Rêves)
 
J'en ai vécu plusieurs de ces "sorties de clowns dans l'espace public" : au marché de la Riponne à Lausanne, ou celui de Louga au Sénégal, au marché aux puces de Genève, à la gare Cornavin de Genève, ou encore à la pompe à essence de Bardonnex… Mes souvenirs se bousculent, lequel raconter et que raconter de ces instants éphémères de rencontre riche et authentique. Petit à petit, deux souvenirs se précisent.
 

Polyglottes sur la rade de Genève

C'était en plein été, Edelweiss et Lulu avaient envie de s'aérer sur les quais de Genève alors que les hordes de touristes envahissaient la jetée du célèbre Jet d'eau et qu'il faisait chaud, très chaud.
Dotées d'une ombrelle et de brumisateurs, elles se sont rendues là pour offrir fraîcheur et ombrage aux quidams, japonais, espagnols, français, chinois, américains ou russes, qui flânaient armés de leurs appareils photos sur la rade de Genève. Chemin faisant, elles se sont aperçues qu'elles parlaient les langues du monde entier et se sont même retrouvées interprètes de rencontres entre groupes de touristes de pays différents. Avaient-elles provoqué ces rencontres ? Étaient-elles fortuites ? Peut-être bien que ce petit passeport rond rouge, au cœur bienveillant et pétillant, avait aidé à abolir quelques frontières érigées par les hommes et à rendre à l'humanité son universalité. Et comme les hommes aiment immortaliser leurs instants de plaisir, ils ont emmené un peu d'elles dans leurs appareils photos. Ainsi, aux quatre coins du monde, elles voyagent encore et découvrent d'autres horizons !

 
Edelweiss et Lulu (Solange Hutmacher)
 
 
Lulu (Solange Hutmacher)
Câlins de rue à Yvoire

Je me souviens aussi d'un jour d'été à Yvoire, petit village médiéval fort visité dans notre région. Zippo et Lulu s'y sont rendus en tant que spécialistes de "câlins de rue". Déambulant avec, dans leur cadi, des rouleaux de peinture propres, des brosses, des éponges douces, des plumeaux et autres matériaux spécialement conçus pour le massage, ils ont offert à qui le souhaitait un câlin de leur spécialité. Quelle ne fût pas leur surprise de rencontrer des hommes et des femmes, souvent d'un certain âge, avec des corps fatigués, blessés, brûlés même, qui n'avaient plus été touchés depuis longtemps, qui s'offraient avec plaisir, humour et émotion à leurs câlins. Le petit passeport, rond rouge au cœur bienveillant et pétillant, avait donc aussi le pouvoir d'abolir les frontières de la gêne et de la pudeur et de rendre possible et magique des instants de rencontre, authentiques et libérateurs. Nos cœurs de clowns et d'acteurs en sont revenus tout bouleversés et remplis d'amour !
Contact : fileursdereves@orange.fr
   

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> Visite d'un terrain d'aventure - Par Florence Godoy (Cie Fil rouge)
 
Le Terrain d’Aventure éphémère est un espace de nature, de cabanes, aménagé provisoirement sur une place très urbaine, à Lausanne, durant les vacances d’été 2009. Il est ouvert aux enfants et aux parents et encadré par une équipe d’animateurs. Lors de l’inauguration, la responsable me propose d’y venir une fois en clowne. Je suis un peu hésitante mais également curieuse de mêler mes deux casquettes (celle de "déléguée à l’enfance" et celle de "Sarazine").
 

La veille de mon intervention, je passe du temps sur les lieux pour y rencontrer les animateurs et saisir l’ambiance du Terrain d'Aventure. Et un jeudi après-midi de juillet, Sarazine déboule. Enfants et adultes vaquent à leurs occupations, jouent, discutent. Je suis alors rapidement prise en charge par un petit groupe de fillettes qui décide de me faire visiter le Terrain et m’emmène dans les coins et les recoins de celui-ci. Que l’espace soit très ouvert et libre constitue une difficulté mais aussi une liberté.

J’ai beaucoup aimé découvrir (redécouvrir) ces lieux à partir du regard de ma clowne : émerveillé, curieux, sans idées préconçues. Mélange d’ordinaire et d’extraordinaire. J’y suis allée sur la pointe des pieds : test majeur pour Sarazine qui, depuis peu, avait opté pour des talons hauts ! Et bien, à ma grande surprise, déambuler durant une demi-heure avec des sandales compensées sur des copeaux de bois, c’était possible ! Cette expérience me renvoie fort à la question du bon dosage : comment être là respectueuse et audacieuse ? Entre y aller en force et rester trop en retrait, où est la justesse ? Cette question continue de m’accompagner.
Deux ans après, dans le bus, je croise une gamine qui me lance :
"Vous, je vous ai déjà vue en clown !". Et je la reconnais, c’était l'une de mes jeunes guides du Terrain d’Aventure !

Contact : filrouge-cloudart@bluewin.ch
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Sarazine (Florence Godoy)
 
 
Vu sur Scène : Au Festival d'Avignon Off
Nhân et Duong, clowns du Vietnam - Tout en efficacité et simplicité - Par Bertil Sylvander  
 
Spectacle proposé et mis en scène par les Matapeste,
musiciens : Xam et Phuong.

Sur le plateau, deux cartons et immondices laissés là, au coin d’une rue. C’est la matin. Les cartons bougent et deux clowns hirsutes en émergent. Ce sont deux SDF. Ils regardent autour d’eux et nous découvrent. Que faisons-nous là ? En guenilles, ils ont froid et leur estomac est vide. Voici maintenant leur lutte pour la vie recommencée. Où trouver à manger ? Où trouver de l’argent ? Sont-ils un couple d’amis qui vont s’entraider ou bien sont-ils irrémédiablement seuls dans l’épreuve ?

En fait, ils vont mettre toutes leurs forces dans des stratégies pour trouver à manger et à s’habiller. L’un d’eux trouve un billet de banque et va s’acheter un "big mac". S’ensuit alors un duo de balai burlesque, avec le burger pour enjeu. Chassés croisés, acrobatie, voltes et voltefaces, danse et virevoltes, tête à queue et dérapages. Tout y passe, avec un accompagnement musical oriental très imagé !

Hé ! Nhân a trouvé un gros billet par terre. Il disparaît et revient habillé comme seul un clown peut s’imaginer qu’un bourgeois peut vouloir être. Hilarant. Voici Nhân, devenu rentier, qui prétend lire son journal dans un bon fauteuil. Je vous demande un peu. La revanche de Duong sera éclatante, jusqu’au final, top secret.
Clowns venus du Vietnam, avec leur expressivité propre, de la finesse, finalement très sympa, tout simplement, et l’on sent la patte des Matapeste, tout en efficacité et simplicité.

Quelques interrogations tout de même

J’aurais aimé aller plus loin dans la connaissance de ces clowns : finalement, quelle est leur relation, au-delà de la rivalité ? Leurs destins sont-ils liés ? Leur ascenseur social n’a-t-il comme seul espoir que de caricaturer la bourgeoisie ? Il serait sans doute possible d’investir leur virtuosité d’acteurs dans un dessein plus universel.

Pour ce qui est du traitement de la réalité des clowns, on voit bien qu’ils nous voient et qu’ils se trouvent bien avec nous, mais on aimerait bien qu’ils nous renvoient quelque chose de leur fatalité, à nous public français ! Et, tant qu’à faire de voir le monde, qu’ils voient aussi les musiciens qui sont à deux pas, sur le bord de scène : dommage de les ignorer !

 
Les clowns musiciens : Xam et Phuong
 
 
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Vu sur Scène : Au Festiclown de Bretagne
Un programme ambitieux, une équipe d'enfer ! - Par Bertil Sylvander
 
Festiclown est un festival de clown-théâtre, lancé en 2009, qui en était à sa troisième édition cette année, les 19 et 20 Novembre 2011, près de Vannes, en Bretagne.

Programme ambitieux : pas moins de 14 spectacles, dont deux joués deux fois, dans deux sites différents, éloignés de 20 km l’un de l’autre : Saint Avé et Theix. 7 spectacles adultes et “jeunes enfants” et 7 spectacles adultes et “moins jeunes enfants”.
Deux salles bien agencées, une équipe d’enfer, composée de plusieurs troupes de clown-théâtre qui se sont fédérées, ce qui se voit dans leur engagement de chaque seconde au service du projet collectif. En marge du festival, dans les locaux du théâtre, les organisateurs ont prévu de nombreuses animations gratuites entre les spectacles : maquillages, impros clowns, portraits, jonglerie, apéro-fanfares...
Buvette, petit coin lecture, goûters et petite restauration sur place. Notons aussi une conférence/rencontre, le dimanche matin à St Avé sur la question du clown et sa place d’acteur social dans la société d’aujourd’hui (par Bertil Sylvander), avec la participation de Lilou et Cagibi qui passaient par là (Thierry Le Tellier et Simon Descarpentries), sous la présidence de Cedric Aubouy, président du festival.
Un partenariat avec la commune d’Elven a permis la création en résidence d’un spectacle jeune public "Russian circus, steppes by steppes". Notons enfin les tarifs particulièrement abordables : 5€ par spectacle et 10€ par après-midi, et pour couronner le tout, le festival veut aussi participer à l’action sociale, puisque, comme chaque année, il soutient financièrement l'association "ça se passe près de chez vous" qui vient en aide aux familles mal logées.

On a hélas pas pu tout voir… mais voici quelques échos !
• Clowndestins : les adorables clownes Adèle et Mouch viennent de rencontrer deux immigrées sans papiers (Pietra et Groutchka). Tombées sous leur charme, pleine d’admiration, elles nous racontent leur vie, avec gravité et légèreté, pétillance et naïveté. Mais elles ne ratent pas leur cible: l’injustice et l’indifférence. Parfois un peu lent ?
• Le Récital : vous comprendrez que nous nous abstiendrons de critique sur ce spectacle (de Bertil Sylvander)… par ailleurs excellent !
• Dé-pensons : Monsieur X tente d’expliquer, preuves et exemples à l’appui, à Mlle Y les pièges de la société de consommation. Décapant ! Parfois un peu imprécis ?
• Filomène et Félix, dans Impromptu : une relation attachante entre une Pierrote tombée
de la lune et un vieux bougon. Toujours aussi simple et beau. Pourquoi pas un épilogue, avec Felix qui redeviendrait seul comme au début, et même le comédien qui enlèverait son masque, pour boucler l’aventure ?
• De la cave au Grenier : aventures désopilantes de deux personnage qui s’installent dans la même maison et découvrent les affres du voisinage… Parfois brouillon ?
• AC-déchets : Albert voudrait bien trier ses ordures… Mais que de difficultés pour ce clown burlesque et maladroit ! Et quelles belles interrogations il nous laisse dans le
cœur ! Parfois peut-être un peu trop "léché", par souci de rigueur ? Et pourquoi pas le nez rouge ?
• GuimO Swing : voici un personnage de jongleur plein de finesse et empli d’une hésitation touchante, malgré (ou grâce à ?) une grande virtuosité…
et c’est toute la délectation qu’on y trouve. Un petit monologue intérieur délicieux… Mais pourquoi le personnage se cache-t-il derrière cette fausse pudeur ?
• Inès Raout dans Pénélope et Vice Versa : l’attente de Pénélope, par la réjouissante Inès. On adore les rebondissements de cette attente, à travers le pince sans rire du personnage ! Belle rigueur ! Mais, justement, peut-être parfois trop de belle rigueur ?
Bon vent à Festiclown !

Contact : www.festiclown.fr
 
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Le Forum du Bouillon :
Avis :
Ouverture d'un Forum comme lieu d'échanges entre lecteurs, auteurs et rédacteurs de Culture clown. Ce Forum rassemblera dans le Bouillon de chaque numéro trois rubriques bouillonnantes :
- Courrier : avec vos suggestions, vos avis, vos questions…
- Recherches : dans les universités ou les formations professionnelles, des étudiants et des chercheurs sont de plus en plus nombreux à mener des recherches dans le champ du clown. Signalez ici vos thèmes de mémoires ou de thèses (sources de futurs articles dans Culture clown ?).
- Débats : dans le prolongement des dossiers de Culture clown... Au fil de ses numéros, notre revue a publié de nombreux témoignages et analyses sur le clown contemporain, mais les propositions et les idées présentées dans ces textes gagneraient à être mises en débat. Réagissez ici à tel ou tel article paru dans ce N° ou dans les précédents, au regard de votre propre expérience du clown.
 
 
Courrier :
 
• C'est mon premier abonnement et je me réjouis de lire votre revue. Je vous souhaite une belle année bouillonnante de culture clown ! Nicole Vallet (89. Fontenoy)

• Je vous envoie ce message pour vous faire part de mon idée d'une interview pour un article dans la revue Culture clown au sujet d'un atelier que j'anime depuis 4 ans auprès d'adolescents ayant des troubles du comportement, qui viennent au CATTP, service de pédopsychiatrie de l'Hôpital Philippe Pinel à Amiens. J'improvise avec eux, en clown, un clown médiateur. Il s'agit d'un atelier thérapeutique. Peut-être serez-vous intéressés par ce sujet pour l'un des numéros de la revue ? Christine Caillou.

• Il serait intéressant de faire un tarif préférentiel pour l'achat groupé de revues déjà parues… Je ne connais malheureusement pas encore la revue pour faire des propositions d'articles, peut-être l'aspect législatif et les droits des clowns ? Mélina Sendra (26. Eurre)

• Je suis intéressée par "le clown accompagnateur" pour soi et pour les autres. Je suis en formation de médiateur artistique, musicienne, et j'ai goûté au clown. Laurence Vilain (78 Sartrouville)

 
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Recherches :
 
• Etudiant en anthropologie à l'Université Lyon2, je souhaite m'intéresser au clown de théâtre. Je vous remercie de la communication, sur votre site, des travaux ayant été effectués sur le sujet, une bibliographie sur le clown de théâtre n'étant pas forcément facile à trouver. Johan Seiller (Lyon)

• Je suis clowne et, parallèlement, j'ai repris des études en Sciences du Langage. Je rédige un mémoire, que je présenterai en juin, dont le thème est "La pratique du clown peut-elle permettre d'améliorer les interactions à l'oral des enfants de migrants à l'école ?". Si ce thème intéresse Culture clown, je pourrai vous tenir au courant de l'avancée de mes recherches. Christine Lyet (Besançon)

• Je suis doctorante en Arts du spectacle et ma recherche porte sur la dramaturgie du clown hospitalier. En voici l'intitulé : “Les dispositifs artistiques à fonction thérapeutique dans les pays francophones et hispanophones. Focus sur un dispositif spécifique : le dispositif clownesque (actif et passif)”. Pour cela, je me base sur deux sujets d'étude : les ateliers de clown-thérapie (active) avec des adolescents obèses (Grand Toulouse) et les interventions des clowns hospitaliers de Salut-i-Clowns à Tarragone et Barcelone (clown-thérapie dite passive).
Marine Duffau (Laboratoires LLA-CRÉATIS / INSERM, Université de Toulouse)

• Je me permets de vous écrire, car je suis étudiante en Master 2 de Psychologie et je travaille sur "le rire thérapeutique". Je sais que le N°9 de Culture clown n'est plus disponible mais pensez-vous que vous pourriez trouver une solution pour me le faire parvenir ? Je suis vraiment très intéressée par ce numéro et tellement frustrée de ne pas pouvoir le commander. En ligne nous pouvons lire seulement le début… Léa Ledru.
(Nous avons trouvé un exemplaire du N°9 pour Léa ! NDLR)

• Je suis étudiante en 4ème année à Sciences Po Toulouse et je fais un mémoire sur “L’intervention des clowns en hôpital/milieux de soins”. J’ai étudié l’an dernier à Ottawa où l’on m’a également donné l’occasion d’intervenir comme clown bénévole à l’hôpital (ce qui a été une super expérience pour moi)... J’ai également effectué quelques stages de découverte de son propre clown… Bref, c’est un domaine qui m’intéresse énormément et que j’ai désormais la chance de pouvoir étudier dans le cadre des mes études. Je récolte aussi pas mal d’informations grâce à la revue Culture Clown et il est possible que je vous recontacte dans le cadre de mon enquête de mémoire… Claire Bodelet (Toulouse)

 
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Débats :
Suite au dossier du N°18 : Le clown et la relation au public
Le rôle du public dans la formation de l’acteur clown - Par Bertil Sylvander (Bataclown)
 

Dans le N°18 de Culture clown, deux articles accordent une place centrale au public dans le processus de formation de l’acteur clown : il s’agit de celui de Philippe Rousseaux ("Etre fait clown par le public", p.5) et de l’interview d’Hervé Langlois par moi-même ("Garder une mystérieuse proximité",p. 2). Je voudrais réagir ici et donner mon point de vue.
Philippe Rousseaux indique qu’à côté de "faire le clown" et "être clown", il distingue un "être fait clown". Il écrit notamment : "Alors que "faire le clown" est de l’ordre de la fabrication et qu’"être clown" est de l’ordre de la prise de conscience, "être fait clown" est de l’ordre du consentement… C’est alors le regard de l’autre qui me fait vivre comme clown et non pas moi qui déciderais de faire ou d’être clown. Je n’ai rien à faire, je suis fait !".
Cette thèse est intéressante, car elle va dans le sens d’un renoncement de la personne à une mainmise de sa volonté sur son clown. Le public exprime une demande au clown ("encore plus de toi !", écrit Philippe). De même, Hervé Langlois donne la primauté à ce que le public voit avant la personne qui donne vie à son clown : "Le public voit ou lit ce clown avant moi et mon travail d’acteur consistera à prendre conscience de ce qu’il a vu avant moi, puis de le laisser vivre". Cette exigence illustre bien le thème du dossier sur le rôle si particulier du public en clown-théâtre.
On peut assez facilement rejoindre ces positions. Au Bataclown, notre pratique de formation en témoigne depuis plus de trente ans : il s’agit bien d’aller dans le sens d’un dévoilement de la personne qui, mis dans une forme théâtrale, donne corps à ce qu’on appelle "l’aveu du clown". Les acteurs sont invités à aller vers une extrême sincérité dans leur expression, que le public reconnaît comme telle. Les émotions et le rire du public sont souvent le signe que l’acteur est au plus près de lui-même et on voit à ce moment un clown commencer à vivre.
Cependant, à mon avis, Philippe va trop loin dans cette voie. On peut certes encourager les stagiaires à dire "je n’ai rien à faire, je suis fait !", car cela peut les libérer d’une volonté excessive sur leur clown. Mais il est à mon sens trop radical d’écrire "le clown ne peut avoir son centre en lui-même" et de conclure sur "l’expérience du clown qui consent à cette dépendance radicale vis-à-vis du public".
En effet, l’encouragement "encore plus de toi !" suppose qu’en premier lieu une expression ait été initiée par l’acteur. Tout part bien, à l’origine, d’une décision de l’acteur de jouer le jeu, une décision, souvent douloureuse, d’arrêter de se cacher et de faire semblant. Qu’à partir de ce moment, le public encourage l’acteur ou exprime un désaveu, cela aura toujours lieu à partir d’une première proposition. C’est ce que nous appelons, suite à Arno Stern et à bien d’autres auteurs, le "travail d’expression". Il y a bien un premier pas à faire pour commencer d’exprimer quelque chose de soi !
Lors de son premier passage sur le plateau, le stagiaire est souvent bien étonné de constater que chaque fois qu’il se cachait, le public perdait le clown, et chaque fois qu’il se montrait, le public le retrouvait. Mais, pour cela, il faut accepter, dès le début, de poser un acte d’acteur. Certes, il est essentiel d’accepter de se sentir dépassé (c’est le "laisser advenir"), mais il me semble exagéré de dire que "les spectateurs sont la source de ma vie de clown".
Philippe écrit que l’animateur exhorte : "Vas-y continue, c’est trop bon !", mais l’acteur doit continuer quoi ? Précisément ce qui a été initié. Qui l’a initié ? La personne, à partir de sa vérité du moment. Qui doit continuer ? L’acteur ! Ainsi passe-t-on insensiblement de la personne à l’acteur, puis au clown, l’acteur ayant une responsabilité primordiale.
En fait, dans les développements de Philippe, je ne crois pas avoir lu le mot "acteur". Or il est vrai que, pour faire ce qui vient d’être évoqué, il faut travailler. Après le plaisir de la prise de conscience du tout début, arrive le "ça y est, je viens de comprendre qu’il faut bosser !". C’est pourquoi, il me semble un peu hâtif de dire, comme au début de l’article : "une fois cette relation établie avec le public, le clown est assuré de vivre". On pourrait dire, pour filer la métaphore, qu’il est certes assuré de naître. Mais il n’est assuré de vivre que si l’acteur le nourrit, c’est-à-dire s’il apprend à s’exprimer, accompagné en cela par le public qui lui indiquera par ses réactions s’il est bien dans son expression authentique. Pour aller dans le sens de Philippe, mais pour rétablir l’équilibre, on peut paraphraser Sartre : "Que fait l’acteur de ce que le public fait de lui ?" 1.
Et finalement, c’est bien à un rééquilibrage que j’invite ! Philippe a raison d’écrire que "le clown n’est (naît) qu’en tant qu’il est en relation". Mais plus qu’à une dépendance du clown vis-à-vis du public, j’appellerai à une interdépendance entre l’acteur et le public. C’est cette interrelation qui fait le clown !

 
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Otto Didakt du n°18 - Le journal de ma vie - Vienne, ce Jeudi 28 août 1933 -
   
Je reviens à l’instant d’une tournée internationale qui m’a amené jusqu’à Tokyo. Tournée qui s’est bien terminée. J’ai donné une série de conférences dans de nombreux pays, où j’ai pu retrouver des amis ou faire la connaissance de nouveaux collègues psychanalystes. J’ai pu me perfectionner dans toutes les langues importantes de la planète et je suis finalement assez heureux de me retrouver chez moi à Vienne. Car à force d’être par monts et par vaux, you might become completely crazy. Je veux dire, on peut devenir fou ! Je m’attelle dès ce soir à rédiger mon rapport de voyage, en vue de la rédaction d’un prochain ouvrage. Malgré la fatigue, je vais tenter de rassembler mes principales conclusions.
J’ai beaucoup appris au cours de ce voyage et blev mycket öppen till nya idéer. Je veux dire que je me suis ouvert à de nouvelles idées, tout particulièrement en Suède. Les progrès de la science, un peu partout dans la monde, sont fascinants, mais hay que hacer gruesos esfuerzos para comprenderse. Ah, je veux dire, à plus forte raison lorsqu’on est étranger, par exemple à Madrid. Déjà qu’es ist schon schwer, sich unter Leuten desselben Landes zu verstehen. Zut ! J’ai rencontré tant de monde, dont des allemands, bien entendu, que je mélange les langues ! Ce n’est déjà pas si facile de se comprendre entre gens du même pays !
Au cours de ce voyage, je disais que j’ai pu rencontrer de nombreux collègues dont j’ai clairement senti qu’eles aprecie meu modo de escutar para e de tentar os entender. Et il faut y passer du temps. Ah ! Non, attendez !
Je voulais dire qu’ils ont apprécié ma manière de les écouter, surtout les brésiliens. Je me suis littéralement imbibé de leurs cultures et Jez желает, чтобы каждый сделанный всем что необходимо придвигаться поближе к точкам зрения. Bon, il est vrai que Saint Petersbourg est doté d’une riche culture, mais il faut un peu généraliser, ouvrir notre champ d’investigations et prendre conscience que la Jordanie elle-même وقالت (من مدرسة تتحدث بسرعة شديدة الفعالية التحليل. Non, bon Dieu ! Je veux dire que même dans ce pays la psychanalyse se développe à grand pas.
(Que c’est dur. C’est pourtant facile de rester sur sa langue maternelle et faire abstraction de הוא ( שזה ) סאיפאיט לשלם תשומת לב קטנה במה שאנחנו כותבים. זה לגמרי אפשרי. יש לי את זה מספיק להסיח. אני מאמין שהנסיעה הזאת עייפה הרבה אותי). Mais sacré nom de Dieu ! J’aimerais quand même pouvoir finir cette rubrique tranquille ! Et d’ailleurs, il me semble évident, en restant calme et bien concentré sur mes propos, que
Aaaaarghhhhhhh !


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