Culture Clown - Revue éditée par le CRCC - La Robin, 32220 Lombez - 05 62 62 46 78
 
La revue qui déguste la vie des clowns
> version papier = 8 à 12 pages d'actualité clownesque ! commander CultureClown N°22
 
Extraits du Bouillon actuel, n°22
 
Chapitre Charlie  
JiHo, dessin paru dans le supplément de Siné mensuel de janvier 2015
 
> Notre journal de bord
Regards d'acteurs-clowns sur l'attentat du 7 janvier 2015 contre l'équipe de rédaction de Charlie Hebdo à Paris...
   
  • Culture clown est en deuil !

7 janvier 2015

Aujourd’hui, en pleine réunion de travail des Clownanalystes du Bataclown, nous venons d'apprendre l’attentat ignoble contre l’équipe de rédaction de Charlie-Hebdo... Nous sommes en rage et en pleurs, scandalisés et solidaires. Nous sommes visés dans notre histoire, notre culture, notre engagement artistique et notre cœur ! Culture clown est en deuil ! Les acteurs-clowns sont particulièrement touchés et ne lâcheront pas ! Nous serons là, plus que jamais !

Jean-Bernard Bonange (Bataclown)
 
  • Vive les insoumis !

8 janvier 2015

Si vous ne l’avez pas déjà vue, voici une courte et touchante vidéo dans laquelle Cabu et ses compères ont dessiné en direct pour Clowns sans Frontières : https://www.youtube.com/watch?v=dnUDu9s7EGo
Vive les insoumis du crayon, du nez rouge, de la fleur et du sourire !

Béatrice Forêt (L'Arbre à plumes)

 
  • Rude moment pour les braves !

9 janvier 2015

A très bientôt,  pour faire vivre nos liens et notre fraternité... Hauts les cœurs, hauts les clowns, hauts les humoristes humanistes ! "Rude moment pour les braves !" disait mon père dans des moments de difficulté et d'abattement, mais jamais sur un ton désespéré, toujours avec une pointe d'humour, et surtout avec comme un rire sur lui-même... Oui, je suis atteint, et oui, je ne lâcherai rien mais ce sera plus facile pour moi avec toi, avec vous ; alors oui nous ne lâcherons pas...

Jean-Claude Viou (Cie Les Pas Sages)

 
  • Aux larmes citoyens !

9 janvier 2015

Dans la ville de Bienne en Suisse où j’habite, la place Centrale s’est remplie de centaines de personnes pour manifester le soutien à nos cousins français. Une des pancartes disait “Aux larmes citoyens!”...
Ci-joint, la une du petit cousin de Charlie Hebdo, Vigousse, revue que je lis parfois et à laquelle je viens de m’abonner, autant les soutenir pendant qu’ils sont encore en vie !!! Et aussi Barrigue, rédacteur en chef de ladite revue, vaudois d’origine française qui le dit si bien !

Claire Oudart (Filrouge)

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  • Epouvantable tristesse, épouvantable question

10 janvier 2015

Mon dieu quel énorme choc ! Il faut absolument que cela nous serve ! Battons nous avec nos valeurs d'amour, de respect et de liberté... Ne laissons surtout pas retomber les effets que cela provoque... Partageons, rions, interpellons, réfléchissons, aimons à tort et à travers, montrons notre amour de la vie dans toutes ses diversités et ses croyances, et puis rions encore et encore en nous moquant de nous... pauvres petits humains sur la terre ! Il va nous falloir beaucoup d'amour à inventer et à offrir… Non seulement nous sommes tous Charlie mais nous sommes aussi tous prophètes !
Il y a d’abord cette épouvantable tristesse d’avoir perdu des vieux potes, des vieux amis qui nous accompagnaient dans la vie avec leurs dessins drôles et provocateurs. Ces dessins nous questionnaient et nous dérangeaient, mais surtout ces dessins déconstruisaient les idées reçues, démolissaient les fanatismes religieux et les obscurantismes idéologiques.
Ces dessinateurs pétaient et rotaient à la face des hypocrisies économiques et publicitaires… Ils vomissaient à leur façon sur le profit capitaliste… Ces dessinateurs nous décroissaient la vie en nous faisant rire.
Mais au-delà de cette épouvantable tristesse, et à propos du profit, il y a une question tout aussi épouvantable qui vient se poser à nous, comme un véritable boomerang. Cette question nous replonge dans le combat qui est celui de Charlie hebdo, d’Amnesty international et de la Ligue des droits de l’homme… pour ne citer qu’eux : comment se fait-il que des fous furieux fanatiques puissent être aussi bien armés et équipés ? Qui fabrique ces instruments de mort ?
La réponse à cette question est totalement terrifiante et en même temps d’une éloquence à vous glacer le sang. Les 5 premiers pays fabriquant et exportateurs d’armes sont dans l’ordre :

1°) Les Etats Unis, 2°) La Russie, 3°) La France, 4°) La Chine, 5°) L’Angleterre.

Et oui ! D’une façon ou d’une autre, les grandes puissances de ce monde qui se targuent d’être des démocraties (ou non) fournissent des équipements de guerre à des personnes complètements cinglés assassinant des icônes de la liberté d’expression et de la fraternité de notre belle démocratie.
Mon gentil CABU, mon merveilleux CABU, toi qui as étayé, conforté, soutenu mon antimilitarisme, toi qui l’as rendu gai, frondeur, affirmé, je voudrais te transmettre à toi et à ta joyeuse bande de potes toute l’amitié et le profond respect de l’ange aux poings serrés qui veille sur ma route (merci Jaco).
Le combat continue, nous ne lâcherons rien !

Thierry Le Thellier (Les Décalous)

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  • La Chronique du clown Cagibi
Le 12 janvier 2015, Simon Descarpentries a mis en ligne sur Youtube une vidéo de son clown Cagibi dont voici le texte :
"Bonjour, c’est la Chronique de Cagibi.
Je suis venu il y a peu de temps vous souhaiter la bonne année, vous transmettre les vœux. Mais je ne pensais pas revenir aussi tôt car ce qui se passe est grave.
On a tué les oiseaux de l’arbre de la liberté (oh ça c’est une belle image, je vais la garder : les oiseaux de l’arbre de la liberté !).
Eh bien, ce n’est pas possible. Alors moi je dis : ceux qui s’ennuient, qui sont sans rien faire, qui sont désœuvrés…eh ben…apprenez à chanter, à danser, à faire des confitures, à dessiner…voilà, vous deviendrez artiste…voilà, vous serez artiste et comme ça, vous n’en tuerez pas d’autres et votre vie sera plus longue !!!
Voilà, c’est ça, vous comprenez ?! Soyez des artistes plutôt que des guerriers.
Sinon, pour ceux qui sont dans la dèche (jeu de mot)…en tout cas qui sont dans des coquilles vides, qui n’ont rien, je peux fournir les crayons de couleur ; pour ceux qui n’en ont pas je peux les fournir. Vous m’appelez et je vous les apporte.
Soyez des artistes et la vie sera plus belle !!! Je vous embrasse et bises à Charlie. Tchao et à bientôt." Cagibi.

Note de l'auteur. Comment je procède ?

Tout d’abord, j’ai fait une première vidéo pour souhaiter la bonne année à des amis. Ensuite, après l’attentat de Charlie, j’ai vraiment eu envie de pouvoir dire quelque chose. C’est là que j’ai eu l’idée de passer par Cagibi (mon clown) pour faire une chronique.
Une fois que j’ai l’idée, j’essaie de trouver d’autres idées qui viendront compléter la première. Je n’écris pas de texte. Ensuite, je me lance et j’enregistre. J’ai envie et j’essaie de garder au maximum un côté improvisation. Je regarde la vidéo avant de la diffuser si elle me plaît. Je la recommence s’il y a des hésitations, des bafouillages…
Pour le moment, j’utilise mon téléphone pour filmer mais ce n’est pas très pratique. Je vais peut être investir dans une caméra.
J’ai fait une seconde chronique sur la Journée des droits de la femme et je suis en train de réfléchir à la prochaine… Finalement, c’est quelque chose pour laquelle je prends beaucoup de plaisir.
Je ne veux pas non plus en faire trop de crainte de dénaturer l’enjeu : celui de pouvoir utiliser le clown pour parler de l’actualité, de donner un regard sur la société.

Simon Descarpentries (Les Descalous)
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  • Le rire est une arme de libération massive

Le 14 janvier 2015

Expérience subversive, le rire est une arme de libération massive, un outil pour résister aux forces de l'oppression, un outil pour et aller à la reconquête d'une liberté… Il faut rire, du pouvoir, de la misère, de la mort. Le rire dynamite les certitudes et peut modifier le cours ordinaire des choses, introduire dans notre quotidien de la surprise, de l'ouverture, de la rencontre. Il vient fermenter une reconnaissance mutuelle, un partage possible, une société avenir.

Françoise Dano (Atout clowns)

 
 
  • Je suis Charlie ET…
Le 25 mars 2015

Le mercredi 7 Janvier, l’horreur du salafo-fascisme nous frappe. Mes amis de Charlie Hebdo sont massacrés. J’ai tout de suite envie de me retrouver avec des frères humains inconnus, sur une place publique, pour partager ma colère et ma tristesse. Un gars me tend un autocollant : « je suis Charlie ». Je le prends et je le colle sur ma veste. Oui, là, tout de suite, je n’ai pas besoin de réfléchir dix plombes pour me sentir « Charlie ». Je le sens.
J’ai déjà un peu vécu et je ne suis pas né de la dernière pluie ! Je crois savoir un peu faire la part des choses et je ne suis pas dans un délire identitaire ! Et pourtant, déjà quelques heures après, j’entends et je vois autour de moi des affirmations nuancées : « le suis Charlie, mais… », « Je ne suis pas tout à fait Charlie », « je n’ai pas le droit d’être Charlie »,…Et s’ensuit tout un tas de bonne raisons...
Mais heureusement, il y a un clown en moi ! Un clown qui me permet la simultanéité, le paradoxe, la contradiction heureuse, la cohabitation des contraires, un clown qui sait dire « ET » et pas toujours « OU » !
Oui, comme les clowns, j’aime dire « OUI ET… » :

Je suis Charlie ET je ne veux pas qu’on fasse l’amalgame avec l’Islam
Je suis Charlie ET je ne veux pas qu’on condamne d’un trait de plume toutes les religions
Je suis Charlie ET je n’apprécie pas qu’on insulte ceux qui ont une foi transcendantale
Je suis Charlie ET je suis Juif ET musulman ET chrétien ET…
Je suis Charlie ET je suis policier
Je suis Charlie ET je suis journaliste
Je suis Charlie ET j’ai du mal avec les intégristes et les dogmatiques
Je suis Charlie ET je condamne les violences policières
Je suis Charlie ET je n’aime pas les outrances de Charlie Hebdo
Je suis Charlie ET je manifeste avec la droite
Je suis Charlie ET je suis au combat avec les républicains d’où qu’ils viennent
Je suis Charlie ET je récuse la présence de chefs d’Etats cyniques à la manif du 11 janvier
Je suis Charlie ET je suis capable de décoder les arrière-pensées, Merci !
Je suis Charlie ET je me méfie de l’illusion groupale
Je suis Charlie ET je suis déchiré par le sentiment d’humiliation persistant des peuples colonisés
Je suis Charlie ET je suis atterré par le sentiment d’abandon dont souffrent nos amis algériens
Je suis Charlie ET je suis scandalisé par le chômage des jeunes des banlieues
Je suis Charlie ET je suis choqué par la fragilité psychique de certains d’entre eux
Je suis Charlie ET je suis attristé par la souffrance de leurs parents
Je suis Charlie ET j’ai peur de notre aveuglement collectif
Je suis Charlie ET j’ai confiance dans notre engagement collectif

Bertil Sylvander (Bataclown)

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  • RougeS

Le 25 mars 2015
La tache là
C’est …
Le rouge ici
C’est...
Une blessure.
Mais cette flaque
Rouge
Qui inonde la terre.
C’est... 
Du sang.
Un rouge
De toutes les colères.
Un rouge fou.
Un rouge sang.
Un rouge qui nous éclabousse
Trouble les frontières.
Noircit l’horizon
Coupe sans pudeur la géographie du monde
Nous égare.
Là, ce point rouge balbutiant
Ces points rouges comme alignés.
Un champ de coquelicots chiffonnés
Dans un ultime combat,
Lucides, ils, ceux qui nous quittaient, ont laissé pisser sur la terre un goutte à goutte de sang
Semant des coquelicots à la hâte
Comme des points de mémoires.
Un combat fragile.
Que ferons nous des coquelicots de l’été ?
 
Marie-Claude Théodas (Les Mortadelles)
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Le journal d’OTTO DIDAKT

L’ACTU-CLOWN

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  • Utopie Charlie
Le 12 avril 2015
Cette chanson de Félix Leclerc a beaucoup chanté en moi sur un air de désespoir, de perte d’illusions, c'est pourquoi j'ai intitulé cet article Utopie Charlie.
Extraits de "Quand les hommes vivront d’amour" de Raymond Lévesque :
... Dans la grande chaine de la vie,
Pour qu'il y ait un meilleur temps
Il faut toujours quelques perdants,
De la sagesse ici bas, c'est le prix

Quand les hommes vivront d'amour,
Il n'y aura plus de misère et
Commenceront les beaux jours
Mais nous, nous serons morts, mon frère...
 
L’évènement est pour moi un tsunami, à tel point que je ne peux pas croire à l’événement et pense dans un premier temps à un canular.
La violence surgit dans mon quotidien comme elle surgit dans tous ces pays en guerre : Palestine, Syrie, Iran, Irak, Pakistan ….
Elle fauche des personnes dont j’estime le travail et la liberté d’expression. Voilà le grand mot lâché : liberté d’expression, de création !
Remontent à ma mémoire : tous ces artistes, dessinateurs, écrivains, journalistes, chanteurs tués parce qu’un jour ils ont osé, osé dénoncer, osé chanter l’injustice, osé écrire du politiquement incorrect mais si juste !! *
Une révolte monte en moi : pourquoi tuer encore et toujours ces audacieux de la plume ? De tous temps et en tout pays la répression a hélas toujours existé et je dis NON.

NON à la violence, aux meurtres, aux crimes, au nom d’une religion ou d’une idéologie, quelle qu’elle soit.
Je veux que la liberté de chanter, de danser, de faire de la musique, de rire, d’écrire, de dessiner … soit respectée.
Je rends hommage à Cabu, qui connaissait toutes les chansons de Trenet sur le bout des doigts et qui disait : "ses chansons ne sont pas plombées, y’a toujours une énergie à la fin. Il y a de la joie de vivre avec de la profondeur et de la consistance".
Je rends hommage à Tignous, Charb, Wolinski… Ils donnaient leur regard sur l’actualité, donnaient leur interprétation de la vie, riaient au lieu de pleurer sur les injustices, les énormités commises par nos gouvernants et dénonçaient ce qui leur semblaient odieux dans le monde. Leurs existences étaient indispensables à mes yeux. Comme nos clowns, ils donnaient le contrepoint de l’actualité et me redonnaient l’envie de rire de tout...
Michaëlla Gallozzi (A Fleur de clown)
*En écrivant, j’ai pensé…

- à la journaliste d'investigation Anna Politkovskaïa, 48 ans, qui dénonçait notamment les atteintes aux droits de l'homme en Tchétchénie et l'autoritarisme de Vladimir Poutine dans le journal Novaïa Gazeta, tuée par balles dans le hall de son immeuble à Moscou, le 7 octobre 2006.
- au chanteur Lounès Matoub, pourfendeur des islamistes, abattu en Kabylie le 26/06/1998.Il était tout à la fois un militant de la cause berbère et un adversaire acharné de l'intégrisme,
- au
caricaturiste et ennemi du régime syrien Ali Ferzat, enlevé en 2011. Sa main gauche, qui lui sert à dessiner, a été fracturée,
- au chanteur Cheb Aziz, tué en Algérie en septembre 1996 dans des attentats attribués aux "terroristes" par les autorités (le terme désigne les groupes islamistes armés dont les plus radicaux considèrent la musique "illicite" car détournant les croyants du Coran),
- à Cheb Hasni, une star du raï à Oran, assassiné le 29 septembre 1994,
- au musicien et producteur algérien, «Rachid», tué le 15 février 1995,
- à Lila Amara chanteuse kabyle et son mari assassinés près d'Alger en août 1995,
et la liste est longue .... jusqu'à François Villon, pendu, et tant d'autres !

Et puis aussi aux anonymes :
- du Kenya où le 2 avril 2015, 148 étudiants de l’université de Garissa étaient tués
- du Nigéria où le 8 janvier 2015, 16 villages des rives du lac Tchad étaient détruits et leurs habitants assassinés
- du Pakistan où le 16 décembre 2014 plus de 130 enfants étaient tués dans une école
Là aussi la liste est longue…
 
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Clown, tu t'es vu dans l'actu ?
 
> Faux clowns de Faits divers Par Jean-Bernard Bonange
Octobre-Novembre 2014
  • Retour sur les "faux clowns" qui ont fait la une de l'actualité en octobre 2014.



Dans le Pas-de-Calais, l'un de ces faux clowns, âgé de 19 ans, a passé une nuit en prison, avant d'écoper en comparution immédiate de
six mois de prison avec sursis et de 105 heures de travaux d'intérêt général. Le jeune homme, qui n'avait jamais été condamné, avait été interpellé après avoir effrayé plusieurs personnes à l'aide d'un simple bâton. A Montpellier, un autre a été condamné à quatre mois de prison ferme, pour avoir agressé un jeune homme avec un manche à balai, et tenté de lui voler son téléphone mobile...

Les médias ont alors fait état d'une série de "faits divers" en rapport avec des "clowns agressifs" (selon la terminologie policière*) qui terrorisaient les passants dans l'espace public (rues, parcs, parkings…). La plupart des auteurs de ces agressions (des adolescents) se cachaient sous une apparence de clown, symbole de joie et de fête, pour faire peur avec des armes factices, plaçant leur victimes dans une situation paradoxale traumatisante. Ce cocktail contradictoire déclencha alors ce qui fut appelé une "psychose" à la fois révélée et amplifiée par les médias !

Des clowns menaçants ont ainsi fait leur apparition dans plusieurs départements (Dordogne, Hérault, Nord, Pas de Calais, mais aussi en Rhône-Alpes et Bourgogne…) et les "réseaux sociaux" leur donnèrent une certaines notoriété, encourageant par là même d'autres jeunes à pratiquer ce jeu provocant et violent à l'occasion de la fête d'Halloween de 2014. Ce pseudo déferlement de "clowns méchants" engendra même la création de brigades d'autodéfense "anti-clowns" prêtes à organiser des agressions pour punir ces agresseurs (cf. l'événement Face book "Chasse aux clowns dans ta ville"). La police dut alors s'occuper à la fois des "clowns agressifs" et des "chasseurs de clown"**. Dans ce climat fou, certains professionnels de l'animation d'anniversaires enfantins témoignèrent qu'ils n'osaient plus sortir en clown dans la rue ! L'emballement médiatique était en marche. Plusieurs journaux ont essayé de cerner le phénomène en le reliant à l'influence d'un contexte culturel nord-américain bien connu des jeunes, comme le film "Ça" (adapté du roman de Stephen King, "It" en V.O.) ou la série "American Horror Story"***

Pour moi, il est clair que l'imagerie "traditionnelle" du Clown s'est ainsi retrouvée sous les feux de l'actualité dans la pire condition - celle du stéréotype trompeur et du déguisement crapuleux - alors que les artistes qui incarnent le Clown contemporain se sont eux-mêmes fortement éloignés de cette image du clown du cirque américain (prolongée par Ronald Macdonald ou les "clowns balloon") et se sont investis dans une recherche de la vérité et de l'authenticité du clown. Les "faux clowns" symboliseraient-ils le retour du refoulé, retour médiatique de ce stéréotype dont les artistes-clowns tentent de se débarrasser ?

* Voir par exemple dans le journal Métro du 29/10/2014 : "Face à la recrudescence des clowns agressifs en France, la préfecture de la Haute-Garonne prend les devants et appelle les Toulousains à la vigilance. Une surveillance accrue va être mise en place face au phénomène". De son côté, le commissaire divisionnaire de Lens expliquait sur BFM TV suivre ce genre d’affaires «de très très près» pour éviter que «la psychose se développe dans les jours à venir».

**La DGPN a annoncé que des individus ont été interpellés ces derniers jours pour "attroupement armé", après s'être lancés dans une "chasse aux clowns". La police a alors rappelé que la détention d'une arme dans la rue "est passible d'une peine emprisonnement" et que clowns ou chasseurs de clowns armés "peuvent être placés en garde à vue".

***Voir le dossier "Les clowns au Pilori", Libération du 31/10/2014.

 
  • La réaction des artistes clowns

Plusieurs artistes clowns ont alors publié des tribunes dans la presse pour se démarquer de ces "faux clowns" et dénoncer, à juste raison, le risque d'amalgame dont ils se retrouvaient victimes : ce fut le cas de Bonaventure Gacon (voir son texte ci-contre), du Rire médecin ou de Philippe Goudard (voir plus loin)…
Le 21 octobre 2014, j'ai moi-même été interviewé - en tant que rédacteur en chef de Culture clown - par Delphine Bancaud du journal 20 minutes à propos de ces "faits divers". Voici un extrait de l'interview :

Comment expliquez-vous que des clowns sèment la terreur dans le Nord-Pas-de-Calais ?
D'après les premiers éléments dont on dispose, il s'agit de jeunes adultes qui cherchent à attirer l'attention. Ils copient ce qu'ils ont pu voir dans certaines fictions américaines où un assassin se déguise en clown. Pour ces jeunes, faire peur leur donne du pouvoir.

Pourquoi les clowns ont-ils autant inspiré des films d'épouvante ?
Traditionnellement, le clown est un personnage fragile, joyeux, coloré, drôle, tendre et qui va à la rencontre des gens (pensons à Grock, Zavatta ou Buffo…). Le fait que le clown porte un masque ou qu'il soit maquillé de manière outrancière a inspiré certains cinéastes qui l'ont alors transformé en terroriste. Ce mélange des genres en fait un personnage de fiction complexe et inquiétant.

Craignez-vous que ces faits divers entachent l'image des clowns ?
Non, cela ne va pas leur nuire. Les spectacles de clowns vont continuer à avoir du succès, comme dans tous les Festivals qui leur sont consacrés ou comme au Festival d'Avignon Off. De plus, le clown comme intervenant social dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les réunions professionnelles… est en plein développement. Enfin, de plus en plus d'adultes suivent des stages d'art du clown pour développer leur fibre artistique.
Pensant que la bulle créée par la presse et les réseaux sociaux centrée sur les "faux clowns" allait vite se dégonfler, je gardais donc dans cette interview un point de vue optimiste. Mais dans le journal Libération du 10 novembre 2014, Philippe Goudard*, plus inquiet, dénonçait à juste titre le rôle des médias dans une riche tribune intitulée "Clowns : massacre à la rotative" dont je cite deux extraits :
"… Quelques dérangés, sous le masque du clown, jouent de mauvaises blagues ou assouvissent leurs plus violentes pulsions, et voici tous les clowns au pilori des premières pages et des réseaux sociaux. Halloween, lointain écho de l’archaïque fête des morts et grande quinzaine commerciale, est l’amplificateur de l’événement.
Emus, voire exaspérés, les clowns professionnels protestent avec noblesse et une certaine légitimité de cette usurpation de masque et de registre, propre selon eux à dénaturer et la fonction et le noble art, que tant d’illustres prédécesseurs servirent, comme eux aujourd’hui, pour le bien de l’humanité."

Et voici sa conclusion, fort pertinente et qui justement fait écho au thème du dossier de ce n°22 :
"Oui, le clown est ambigu, source de joie autant que d’effroi, c’est son rôle anthropologique, social et poétique. Eclairant l’ombre de nos enfers, il nous tend un miroir où voir nos vies en face, notre angoisse de mort, nos échecs et nos pulsions destructrices, pour les sublimer dans le plaisir partagé du rire, dont c’est la fonction physiologique essentielle. La figure du clown, bien loin de masquer, révèle l’état d’une société, mais elle est mise à mal quand la puissance médiatique l’éloigne de sa fonction artistique ou thérapeutique, dissolvant alors l’art dans la communication…

Alors, pas d’amalgame ni de psychose pour quelques rigolos déguisés en clowns. Arrêtez le massacre à la rotative, la nuit des masques vivants, et vive le rire lumineux des clowns de chair et d’os !"

Dans le même sens, je trouve important de réaffirmer ici que la figure littéraire et cinématographique du "clown méchant" se place à l'envers du Clown générique, dans une sorte de faux carnaval et dans la perversion du Jeu. Quant aux adolescents qui s'en sont inspirés, ils s'inscrivaient dans le passage à l'acte violent et non dans le passage par l'acte ludique qui caractérise l'art du clown que la revue Culture clown défend depuis 15 ans.

* Philippe GOUDARD Clown, médecin, professeur des universités en art du spectacle, directeur adjoint du centre de recherche Rirra21 (programme "Cirque : histoire, imaginaires, pratiques" Université Paul-Valéry, Montpellier), et administrateur délégué au cirque de la SACD.
 
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Les clowns sont morts ! Vive les clowns !

Le 1er novembre 2014 Communiqué de presse de Bonaventure Gacon (clown Boudu)

Aujourd'hui, on dirait que les clowns n'existent plus... Ce ne serait plus qu'une figure, un déguisement. Pourquoi la presse titre " les clowns terrifiants " au lieu de dire que des gens se déguisent en clown pour terrifier ? S’ils s'étaient déguisés en bonnes sœurs auriez vous titré " les bonnes sœurs attaquent ? ".

Ces gens qui attaquent et qui font peur ne sont pas des clowns, ils sont déguisés en clown ! Les médias font tranquillement l'amalgame, oubliant ainsi ce long et difficile travail de réhabilitation du clown qui a mis des années à sortir du rôle tarte à la crème qu'on lui réservait. Maintenant il fait peur, il pourrait tuer peut-être. Mais ceux dont vous parlez, ce sont des dérangés qui se gorgent de fictions et profitent des réseaux sociaux pour déverser leur mal être sur des passants. Et ce ne sont pas des solitaires.

Le clown, le vrai, est solitaire. Il affronte sa propre peur avec courage parce que c'est son métier de ne pas faire plus que ce qu'il est et d'aller vers les autres sans arme. Le public, dans les salles de théâtre et dans les cirques, le sait, pour l'avoir vécu, mais celui ou celle qui entend que les clowns sont ceux que vous décrivez, jamais plus ils ne viendront voir un spectacle où il y a des clowns.

Sous prétexte qu'il y a deux ou trois couillons qui s'amusent avec une image vous fustigez tout le reste, tout un pan de l'histoire du spectacle vivant, de la poésie, du sensible, du cirque, du théâtre. Vous ne parlez que de Stéphane King et de " l'image du clown ". Que faites-vous des vrais clowns qui ont fait l'histoire, le rire, l'art, le cirque, qui eux appartiennent à l'enfance, à l'imaginaire ?

Allez hop ! Fellini, Buster Keaton, Pierre Etaix, Devos, Zouc, Grock, Charly Rivel, George Carl, les Fratellini, Coluche, Zavatta et les contemporains comme Arletti, Adèll, Madame Françoise, Gilles Defacque, Zig, Otto et bien d'autres...

Allez hop ! tout le monde au placard, à la poubelle, car aujourd'hui « les clowns ne font plus rire personne » et cela juste parce qu'on a volé leurs froques, leurs silhouettes. Vous les médias vous sautez à deux pieds dans le gros gâteau gras. Vous ne défendez pas la culture, la fragilité, la sensibilité ; vous jouez le jeu de ces voyous. Juste l'image, uniquement l'image... Il n'y à plus que ça qui intéresse aujourd'hui. Pour vous l'art n'existe pas !

Qu'avons nous fait pour nous retrouver, nous, "Les clowns au pilori" juste parce qu'on nous a volé notre nez, notre costume ? On dirait que l'on ne garde de l'art du clown que l'image, et qui plus est, la plus sordide. La lorgnette par laquelle vous regardez est bien petite et bien triste."

Bonaventure Gacon

 
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REPORTAGE
 
> A Sivens
  • L'annonce faite à un clown
Dimanche 26 octobre 2014. Le vélo apprêté et sa petite carriole pleine de costumes et accessoires pour le clown, je l'enfourche de bonne heure et de bonne humeur. Le soleil inonde de lumière l'automne multicolore et ma promenade le long de la vallée du Tescou, si ce n'était ce gros moustique bleu marine faisant des tours et des tours au dessus de nos têtes depuis des mois.

Comme hier, je rejoins le Testet et la bande du Clownistan, clowns artivistes rencontrés en préparant le grand rassemblement manifesto-festif pour la protection de la zone humide et contre ce chantier de barrage anachronique qui a déjà ravagé une partie de la forêt de Sivens dans le département du Tarn.
La dernière nuit fut chaude, bruyante, lumineuse, fumeuse et violente.

Ce matin, sous le beau chapiteau rouge et or de la métairie, est projeté un documentaire sur les luttes de l'association « Loire Vivante » contre des barrages dans le haut bassin de la Loire durant les années 80 et 90. Durant le débat suivant la projection, les clowns Rantanplan et Sergent-Majeur-Gaya-Well-Bush interviennent à plusieurs reprise, notamment en jouant aux poisson-chat nageant gaiement dans la vivante eau, mais, nez en moins, fort moins joyeusement face au barrage matérialisé par la table des intervenants et intervenantes du plateau derrière lequel l'exposé des situations éco-logiques fut éclairé de force graphiques et photos. Après quelques temps, le Sergent-Majeur Gaya Well Bush choisit d'aller patauger plus loin dans la vallée . Seul, Rantanplan, fidèle au poste, continue à agiter ses branchies teintées de rouge sang, au gré du courant du ruisseau créé en sillonnant parmi le public, paisiblement assis sur les gradins, dans les travées… avec les ragondins, salamandres, tritons crêtés, moustiques endimanchés pour rester discret et bien d'autres...
 
Quelqu'un demande à prendre la parole alors que le clown poisson se trouve face à lui. Me regardant dans les yeux l'homme déclare : « je n'ai pas envie de rigoler ! », puis à toute l'assemblée « je pense que tout le monde ici n'est pas informé qu'une personne est décédée pendant la nuit... » Stupeur ! Le poisson Rantanplan reste muet, s'aplatit au fond du lit du ruisseau. Se lovant de caillou en caillou, il quitte doucement ces remous attristés et s'en va loin vers l'aval. Sans doute a-t-il rejoint le Sergent-Majeur. Nul ne le sais. Personne ne les a revus…
Je déchausse le nez, reviens sous le chapiteau, retrouve Gaël déjà déchaussé. Nous nous regardons silencieusement, tombons dans les bras l'un de l'autre...
Dans l'après-midi, nous apprenons qu'il a 21 ans. Il est militant naturaliste.
Il s'appelle Rémi Fraisse.

 

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> A Toulouse
  • Le procès de Charlie… clown activiste

Par Philippe Maziers (Cie des Boules au Nez)

Toulouse, 1er novembre 2014. Manifestation en hommage à Rémi Fraisse et contre les violences policières. Peu nombreux, quelques clowns jouent entre les manifestants et les CRS. Envoyé par les manifestants vers les policiers, un bouquet de fleurs tombe devant le Cap't'aime Charlot Agent hEros. Il se penche, le ramasse, pour finir de l'acheminer vers ses destinataires. Il les imite alors en entrant dans leur rang, lui manquent juste carapace et bouclier. Tout en empathie, le clown partage ses émotions avec celles de son public (qu'il soit manifestant, policier, passant,…). Du rire à la dérision, il apporte souvent détente et apaisement des tensions, expression pacifique d'émotions telles que la colère, la douleur… mais parfois aussi l'agacement. Il reçoit les injures d'un autre policier.

Plus tard en fin de manifestation, Charlie, puisque tel est le prénom de ce clown activiste, déchausse son nez, quittant ainsi son personnage de clown. Il continue à suivre la manifestation et les déplacements policiers. Nez en moins, il a gardé son costume bariolé, patchwork de couleurs vives. Dans la pénombre du soir, au milieu des fumées des grenades lacrymogènes, il clignote, émerge d'entre tous. Surpris par un détachement de la brigade anti-criminalité (BAC), il est violemment plaqué au sol, ceinturé, menotté. Pendant qu'il est emmené en reculant vers le fourgon cellulaire panier à salade, il marche sur le pied d'un de ces limiers. Très bien élevé, il lui dit tout naturellement : "pardon, excusez-moi, j'suis pas habitué à toutes ces manœuvres…".
Charlie passera 48 heures en garde à vue. Accusé de violences avec arme (jet de cailloux) sur deux policiers dont il n'arrive pas à capter le regard lors de la confrontation, tête baissée ils resteront. Placé sous mandat de dépôt, il est transféré à la Maison d'arrêt de Seysses où il passera la deuxième nuit de garde à vue.


Lundi 3 novembre. Après 48 heures de retenue et pouvant enfin contacter son avocate, il décide d'accepter d'être jugé maintenant, en comparution immédiate, dans l'espoir de sortir du trou en fin de journée. Au Tribunal de Grande Instance de Toulouse, le dispositif policier est impressionnant, à l'extérieur comme à l'intérieur. Bondée, la salle d'audience accueille ce jour-là une classe complète de collégiens.
Venus soutenir le copain et les autres manifestants arrêtés le même jour, plusieurs acteurs clowns, nez pendant ostensiblement autour du cou, ne peuvent pas tous entrer. D'autant que d'autres manifestant ont été arrêtés. Le Président menace (se sentant peut-être menacé…?) d'évacuer la salle au moindre grabuge… Charlie est poursuivi pour violences avec trois circonstances aggravantes (outrage, refus de prélèvement d'empruntes digitales et génétiques) et condamné à 100€ de dommages et intérêts pour chacun des deux policiers blessés, et à six mois de prison dont quatre avec sursis et une période probatoire de cinq ans. Il n'a commis aucun des faits reprochés. Il fait appel car il est innocent !


Début mars 2015. Depuis plus d'un mois, entre la forêt de Sivens et la ville de Gaillac : tensions, exactions et violences à caractère fascisant sont perpétrés par certains militants "pro-barrage" et surtout "anti-zadiste". Après une semaine de siège militaire et milicien, la zone du Testet est expulsée le 6 mars. Repliés sur la place de Gaillac, les derniers occupants en sont expulsés manu militari le lendemain 7 mars sous les regards des badauds et des média, spectateurs d'une théâtralité à la qualité douteuse. Manifestants, gendarmes mobiles, passants, inconsciemment pour la plupart, nous jouons tous un rôle dans le spectacle permanent de notre société. Nous sommes tous Charlie… le clown social !

Mercredi 11 mars 2015, Cour d'Appel de Toulouse. Les tensions des dernières manifestations dans la ville et le contexte délétère n'aidant pas, nous ne sommes pas plus de 20 personnes à être autorisées à entrer dans la salle d'audience, et sans nez rouge s'il vous plaît ! Portique de sécurité, fouille des poches et des sacs : éviter à tout prix qu'un dangereux artiviste puisse dégainer ce petit masque rouge de la taille d'une balle de ping-pong et se le chausse au milieu de la figure !
Comme l'armée et la police ont leur "théâtre d'opération", la Justice a sa scénographie, ses costumes uniformes de toges noires aux franges de fourrure blanche. Nous assistons à nouveau à un spectacle, dont les acteurs ne supportent pas la concurrence. En surplomb, s'installent la Cour, la présidente, ses deux assesseurs, le procureur, la greffière. En contre-bas, bien en bas, font face le prévenu, les avocats des différentes parties et le public. Les juges rappellent les faits, questionnent, sur la situation mais aussi sur la vie privée du prévenu, déballage public intrusif, plus déstabilisant pour la personne qu'éclairant les faits. La Présidente trouve les clowns bien présomptueux de penser qu'ils puissent apaiser les tensions et la violence en manifestation. En matière de présomption, l'innocence semble bien malmenée.
Tout en marquant stratégiquement son intérêt pour les clowns sociaux et leur action pacifique et apaisante, le Procureur considère que "ce n'est pas le dossier", qu'en situation particulière chacun peut devenir violent même si c'est contraire à ses convictions. Il demande le maintient de la peine. L'avocat des policiers pensait jusqu'alors que le clown n'existe que sous un chapiteau. Sans doute, comme on ne trouve les musiciens que dans un grand orchestre, le comédien dans un théâtre, seul le mime est dans son corps, le boxeur sur un ring, le musulman au jihad, la grenouille dans le bénitier, le gitan dans une caravane, le réfugié dans un camp, le juif en Israël… et lui sous la robe austère de la justice. Deux mondes s'affrontent
Au tour de l'avocate de la défense. De toute la France, une quarantaine de témoignages lui sont parvenus, attestant de la moralité et du pacifisme de Charlie et des clowns sociaux. Mais aussi deux témoins visuels l'innocentent des faits reprochés. Tout en maîtrise, elle se démène, dément les accusations, démontre les imprécisions. Comment les policiers, blessés dans le dos, ont pu apercevoir précisément d'où venaient les pierres ? Comment reconnaître quelqu'un dans la pénombre du début de soirée, au milieu des gaz lacrymogène ? Au plus simple : arrêter celui qui clignote encore, qui s'est donné en spectacle tout l'après-midi, qui ne se cache pas, qui ne s'enfuit pas car il sait qu'il n'a rien fait.
Charlie voit sa peine de prison maintenue et les dommages et intérêts aggravés. Ne condamner quelqu'un que sur la seule base des témoignages des policiers victimes n'est pas supportable au "pays des Droits de l'Homme". Charlie va très probablement se pourvoir en cassation. À suivre...!

 
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VU au festival Sav'en Rires à Samatan (32)
 

> L'évènement "Clown et Territoires solidaires"

Manifestation organisée les 9, 10 et 11 mai 2014 par le Festival Sav’en rires et le CRCC

Par notre reporter Bertil Sylvander

En 2014, le Festival de clown-théâtre Sav’en rires* s’est associé au Centre de Recherche sur le Clown Contemporain (qui édite Culture clown).
Il a accueilli – notamment – de nombreux "clowns d’intervention sociale". Première du genre en France ! Ce clown "social", initié dans les années 1980 par la Cie Bataclown, s’intéresse à la vie des humains en société :
il les voit vivre, rien de ce qui leur arrive ne lui est étranger et, tout en les respectant, il joue avec leurs engagements, leurs enjeux, leurs soucis et leurs espoirs. Et comme le thème de cette année était centré sur "Clown et Territoires solidaires", les clowns d’intervention sociale s’en sont donnés à cœur joie ! Il faut dire qu’on avait invité les Compagnies qui les abritent.

  • La Cie Les Décalous sont intervenus au cours de l'Emission Radio Fil de l’eau en direct et en public, à la MJC de L’Isle Jourdain, sur le thème "La solidarité aujourd’hui, ici et ailleurs", ave la Croix rouge, Terra ferma, la Banque alimentaire, Gilles Allaire (INRA), Jean-Bernard Bonange et Bertil Sylvander (Bataclown).

50 spectateurs en studio et 1200 auditeurs ! Les débats, menés par Laurent de Radio Fil de l'eau ont été nourris. Les Décalous ont trouvé une manière originale et nouvelle d’intervenir à la Radio.

Moment fort
Pilou et Cagibi ont écouté les acteurs de la solidarité parler de redistribution des richesses. Observant que les orateurs avaient seuls accès, sur la table de conférence, à des assiettes de viennoiseries, ils s'en sont emparés et les ont distribuées au public. Plus de baratin : solidarité immédiate et en action !

  • Les Cies L’Arbre à Plumes et Les Pas sages ont surgi au Rendez-vous de l’AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) et de La Ruche qui dit Oui à Lombez. 70 Participants. Tous les vendredis soir, les "amapiens" se réunissent pour venir chercher leur panier remplis de légumes et d’œufs bio. Les trois clowns ont donné à voir comment une clowne adhère à l’Amap mais en a marre du chou !

Moment fort
Pour le trio de clowns, adhérer doit être fait de manière très corporelle. L’adhérente effarouchée s’aperçoit que l’AMAP incite au rapprochement humain !

  • La Cie Les Nez en Plus a animé la "parade solidaire" qui a réuni 90 acteurs clowns accompagnés par la Fanfare d'à côté et par le public dans les rues de Samatan, avec des évocations clownesques de thèmes de la solidarité.

Moment fort
A la fin de la parade, les clowns se retrouvent pour fonder une "banque des bisous", évènement marquant, dans une société qui en est avare. Le principe est simple : vous déposez vos bisous en banque et vous pouvez les retirer quand vous voulez, avec un intérêt en plus, pour en faire profiter ceux qui en sont démunis. Plus solidaire que ça tu meurs !

  • Les Piqués du nez ont ponctué l’inauguration du Festival, avec le Maire de Samatan et le Conseiller Général du Gers, devant une centaine de personnes.

Moment fort
Pour le trio de clownes, l'expérience de la solidarité se vit avec des cerceaux ! Mais, pas si facile, on les passe, on les enfile sur les politiques, on s’emmêle les pinceaux et l’image finale, c’est que tout le monde est dans l’écheveau...

  • Les Cies Fil rouge et La Volière ont visité les stands des acteurs de la solidarité (Terra Ferma, Croix Rouge, Secours catholique, Secours populaire, Don du Sang, AMAP, etc.). 50 participants. A partir des interviews des responsables de stands, menés par Bertil Sylvander, les clownes ont montré en actes la subtilité du concept de solidarité !

Moment fort
Au stand du "Don du sang, Prunelle demande au responsable de donner un exemple de son sang, Marelle sort une pelote de fil rouge (tiens !) et elles la déroulent dans toute l’assistance. On s emmêle, on n’arrive plus à faire un pas, mais le sang de la solidarité circule !

  • La Cie L’ile logique a joué Dé-pensons sur la place centrale.

Lorsque les clowns réfléchissent à l'envers, se laissent manipuler... Déjouer les dangers et les pièges du langage pour ne pas consommer naïvement, pour garder l'esprit critique...

Moment fort
Lorsque Pile, qui joue un affairiste, se laisse prendre sur le fait par Bou, qui lui passe un savon mémorable…

  • La Cie Les clownanalystes du Bataclown sont intervenus en impro, en reprise du spectacle "L’Héritage", conte écrit et joué par Laurent Eyraud-Chaume (Cie Le pas de l’oiseau) donné dans la grande salle de la Halle au grain.

"Au Villard, depuis la mort du vieil agriculteur Joseph Barbayer, tout le monde est en effervescence, à commencer par le conseil municipal : Joseph a légué tout son patrimoine à la commune, à la condition d'y instaurer le communisme ! C'est l'histoire joyeuse d'un mort qui donne de la vie et d'une table de conseil municipal qui n'en croit pas ses oreilles… "

Moments forts
Maboulette pose le crâne de Joseph Barbayer sur la table du Conseil municipal et l’engueule, tout en distribuant ses patates au public !

Moments forts
Victor (Barbayer) est coincé sous la voiture (et dans la tombe) et Rosalie est couchée sur la table du Conseil municipal. Leurs mains se cherchent et se trouvent. Beau moment de poésie par delà la mort…

  • La Cie Atout Clowns a bondi sur scène après la projection du le film No et moi de Zabou Breitman. "Lou, 13 ans doit faire un exposé sur le thème des SDF et de leur quotidien. Elle interview Nora, 19 ans, sans famille et à la rue. Elle apprend à la connaître, devient son amie… "

Moments forts
La Franquie et sa collègue arrivent avec des coussins représentant des SDF. Elles avisent alors le public, prêtes à les lancer à qui voudra : "Qui veut son SDF ?... Ha-ha ! Pas si facile, hein, la solidarité !
"

  • Les Cies Théâtre de la terre et Des boules au nez ont présenté la Télé-gazette du festival, une salle de rédaction décalée, sur les moments forts du festival.

Moments forts
Plein de moments du Festival repris avec pertinence et cruauté par les clowns : les retards, les annulations, les approximations, mais aussi la mobilisation des bénévoles et les joyeuses rencontres sont mis en exergue !

Le Festival a réussi le challenge de rendre visible au grand public le Clown d’intervention sociale. Il a aussi été l'occasion de retrouvailles chaleureuses des participants du réseau Bataclown tout au long de ces journées (et autour de la munjetad populaire). Le public a apprécié les spectacles et les interventions clowns de tous genres. Et puis chapeau aux bénévoles et artistes qui ont fait un travail impressionnant, et à la Librairie-Tartinerie de Sarrant pour son bel assortiment de livres sur le thème !

 
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Otto Didakt du n°22 - Le journal de ma vie - Vienne, ce lundi 10 novembre 1933 -
   

La vie après la mort

Le grand jour est arrivé. En tant que scientifique, et influencé par les thèses de mon excellent ami Ernst Jung, je pense que la seule manière de savoir s’il y a une vie après la mort est la voie expérimentale. C’est tout simple.

J’ai donc formé le projet de me donner la mort et de constater immédiatement après les effets. S’il ne se passe rien, c’est que l’expérience conclut positivement à l’hypothèse du néant après la mort. Ce sera une avancée considérable dans le domaine de la preuve heuristique. Dans le cas contraire, je pourrai être le premier à vérifier à l’hypothèse inverse. J’ai ici devant moi, sur mon bureau, le révolver qui va être le dispositif méthodologique de la vérification.

Juste après l’expérience, je reprends tout de suite mon journal. Ah ! Le courage du scientifique qui, comme Pasteur, teste sur lui-même ses avancées épistémologiques ! Grandeur de la connaissance….

Je vais mettre le canon sur ma tempe (là,… voilà) et appuyer sur la détente (là……

Choc----.. ⱥⱦⱬtympansⱴⱵⱷ ﬡשׁאָסּקּמּטּגּﬠḁ ! Eḝḧḳ Azur « ḽḭṡḝḧṣặ »… Filaments.. ‡₪₩…lumière aveuglante---₥₠₡₯₰₲₴₺… Evidence. Légère brise… ℓↄ↕↔∂∞≈≠≡⌡◊◘☼. Mais que devais-je faire déjà ? Déjà. Ah ! Oui : ♫♯ⱠⱢⱤⱥ. Mais non. NON ! Sentiment flou… Adayogluyi !! Une expérience à réaliser ? ♀♂♪♫… C’est ça ! C’est ça ! C’EST CA ! Mais quoi ? ♯ⱠⱢⱤⱥ Bien sûr.… Je… Filaments !!! ↕↔∂∞≈≠≡. Héhéhé ! … Mes lecteurs ? oh !!! ﭹﭷﭵﮎdemaviejournalﮝﯤﺉﺺﻎQ …  Expérience ? Bigarrure.. ṡḝḧṣ. Otto. ặאָἂἄỵ ùù.. Culture Clown ?? Ah ? Bon ? Stries… ₡₯₰₲. OK, mais où ? Ahhhh. Bzzz. Hein ? Poc. ø∞√. Numéro22.∩⌠∞ⱶ©àlavieàlamort.ⱥⱦⱬⱴⱵⱷ..MORT.ﬡשׁאָסּקּמּטּגּﬠḁḝḧḳḽḭṡḝḧBertilṣặאָἂἄἔἢἦὦᾖΐῧ‡₪₩₥₠₡₯₰₲₴₺ℓↄ↕↔∂∞≈≠≡⌡. VIE.◊.hé oui. OUI. ◘☼♀. NON. ♂♪♫♯ⱠⱢⱤⱥ.Jean-Bernard. ⱦⱷⱶⱴꞋﭾﭹﭷﭵﮎﮝﯤﺉﺺﻎQ. Espace. Ombre. Lumière. Adieu. Concluant… Adieu. Adieu, mes lecteurs ! ∩⌠∞ⱶ…

 
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